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dant la nuit, le duc de Guise, choisi pour chef d’exécution, plaça autour du Lou-vre les Suisses et quelques compagnies françaises , avec l’ordre précis de nelaisser sortir aucun domestique du roi de Navarre ni du prince de Condé. I)eCosseins, qui gardait la maison de Coligni, reçut un ordre semblable.
Jean Charron, récemment nommé prévôt des marchands, reçut de ce ducl’ordre d’enjoindre aux capitaines des quartiers de conduire leurs compagnies,vers minuit, à l’Hôtel-de-Ville. Plusieurs autres dispositions furent faites. Lesmembres du conseil secret s’étaient distribué les quartiers de Paris ; chacundevait présider à l’exécution dans celui qui lui était assigné. Il était nuit, et desfeux épars éclairaient vaguement ces sinistres apprêts. — Quelques protestants,voisins du logis de l’amiral, réveillés par ces mouvements extraordinaires, sor-tirent pour en savoir la cause, s’avancèrent auprès du Louvre, interrogèrent lesavant-postes. Ils furent injuriés, repoussés : un d’eux s’étant plaint de ce trai-tement, un soldat gascon le perça d’un coup de pertuisane, et tous les autres fu-rent massacrés. Catherine de Médicis , impatiente, saisit cette occasion pour hâterl’attaque : Il n'est plus possible, dit-elle au roi, de contenir l'ardeur des troupes,il arrivera des désordres dont nous aurons à nous repentir; il est temps de donnerle signal ; et le roi ordonna de sonner le tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois. Adeux heures du matin, le dimanche 24 août 1572, journée où les catholiquescélèbrent la fête de saint Barthélemi, au signal donné par la cloche de cetteéglise, commencèrent les massacres dans les quartiers voisins du Louvre.
Le duc de Guise, qui s’était réservé le plaisir de présider à l’assassinat deColigni, se rend promptement, accompagné de ses satellites, au logis de ce véné-rable vieillard, frappe à sa porte, et demande, au nom du roi, qu’elle soit ou-verte. Un des gentilshommes de Coligni descend et la lui ouvre. Cosseinspoignarde ce gentilhomme, et fait entrer dans la cour des arquebusiers : tout cequi se présente est égorgé ou fusillé. L’amiral et ceux qui se trouvaient avec luise voyant dupes de leur confiance, se résignent à la mort; ils demandent par-don à Dieu , et leurs ministres récitent des prières. Un des gentilshommes deColigni entra alors dans la chambre : le célèbre chirurgien Ambroise Paré , quis’y trouvait, lui demanda la cause de ce tumulte ; alors le gentilhomme, se tour-nant vers Coligni, lui adressa ces mots ; Monseigneur, c’est Dieu qui nous appelleà soi : on a forcé le logis , et n'y a moyen de résister. L’amiral sans s’émouvoir ré-pondit '.Il y a longtemps que je me suis disposé à mourir : vous autres, sauvez-vous,s’il est possible, car vous ne sauriez garantir ma vie. Plusieurs profitèrent de ceconseil; et quelques-uns parvinrent, en gravissant sur les toits, à échapper à lamort. Cependant quatre Suisses opposaient de la résistance aux assassins, etles arrêtaient dans l’escalier. Cosseins s’avance en force, et fait bientôt dispa-raître cet obstacle. La porte de la chambre de Coligni est enfoncée. Un Alle mand , appelé Besme, un Picard, nommé le capitaine Attin, quelques autresindividus aux gages des Guise , tous couverts de cuirasses, armés d’épées etde poignards, entrent. Besme s’avance vers Coligni, qui, sorti récemment dulit, n’était couvert que d’une robe de chambre; et, lui mettant la pointede son épée sur la gorge, lui dit : N’es-tu pas l’amiral ?— C’est moi, répondColigni avec assurance; puis regardant l’épée dont il était menacé, il ajouta :
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