Ml -4
petit nombre, au seizième siècle, cessèrent de faire corps. Les drapiers occupè-rent alors le premier rang, et il n’y eut plus que six corps. En 1585, Henri III érigea un septième corps, celui des marchands de vin; mais les autres corpo-rations refusèrent de le reconnaître. Chacun de ces corps était gouverné pardes maîtres et syndics, formait une confrérie, avait un patron particulier, desréglements nuisibles aux progrès de l’industrie, et des privilèges, quî, disputéspar les autres corps, devenaient une source d’altercations. Ces corps avaientnotamment la prérogative utile de porter le dais dans la cérémenie de l’entréedes rois et des reines. Ils dépensaient alors beaucoup d’argent pour s’habilleravec magnificence : ils en dépensaient aussi pour leurs amples repas de corps. Cesréglements, ces repas, ces privilèges alimentaient la vanité et la débauche : lecommerce, l’industrie, la morale n’y gagnaient rien.
D’après les auteurs contemporains, Paris renfermait six à sept mille voleurs,huit à neuf mille pauvres; population qui offrait de puissants secours aux fac-tions et aux perturbateurs.
On n’a qu’une donnée sur la population générale de Paris . En 1553, le prévôtdes marchands proposa une imposition de cent sous sur chaque maison, et ditque, sur le pied de douze mille maisons, l’impôt produirait 60,000 livres. Commeces maisons étaient moins élevées et moins populeuses que celles d’aujourd’hui,je crois m’éloigner peu de la vérité en accordant à Paris , pendant cette période,une population de deux cents à deux cent dix mille âmes.
Dans ce tableau de l’état civil, je ne dois pas omettre deux changements nota-bles qui, vers la même époque, s’opérèrent en France dans le calendrier.
L’année, depuis longtemps, commençait à Pâques : Charles IX , par un éditde 1564, fixa le commencement de l’année au 1 er janvier; et cette ordonnances’exécuta le 1 er janvier 1565. On s’était déjà aperçu de la précession des équinoxeset du dérangement qu’elle apportait dans les diverses époques de l’année. Unnouveau calendrier fut, en 1582, publié par le pape Grégoire XIII . Dix joursfurent retranchés de cette année. A Rome , le 5 octobre fut compté pour le 15de ce mois.—En France , cette correction fut admise par lettres-patentes du3 novembre 1582, qui ordonnent que le 10 décembre serait compté pour le 20de ce mois. Cette correction, qui n’est pas sans défaut, causa un grand déran-gement dans les affaires publiques et dans les transactions publiques.
Les mœurs s’épurent en raison de l’accroissement des lumières ; je crois doncnécessaire de faire précéder le tableau moral de Paris , pendant cette période,par quelques notions sur les causes qui accrurent soudainement les progrès desarts, le goût des études et de la littérature en France .
La publication , par la voie de l’impression , de plusieurs ouvrages de l’anti-quité, la protection qu’à l’envi les uns des autres les souverains de l’Europe accordèrent aux littérateurs et aux savants, furent les prémices de la révolu-tion qui, au seizième siècle, s’opéra dans les esprits. François I er , stimulé parle docte Guillaume Rude, favorisa les lettres et les beaux-arts, attira dans Paris