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d'honorables exceptions. La plupart des ecclésiastiques étaient fermiers ouseulement commis du titulaire des bénéfices qu’ils desservaient; ne recevantqu’une faible partie de leurs revenus, ils étaient obligés , pour vivre, de recou-rir à ces impostures appelées fraudes pieuses. C’étaient des reliques découvertes,des miracles nouveaux, de nouvelles fêtes de saints qui attiraient des offran-des; c’étaient des confréries, des bénédictions multipliées. Us vendaient auxcroyants le privilège d’emporter chez eux, et de garder pendant une annéeentière, telle ou telle relique qui portait bonheur, etc. Ils faisaient argent detout : aucune cérémonie religieuse n’était gratuite. C’est à ces misérables, quepar dérision on nommait Custodinos, qu’on attribue ces scènes nocturnes quiont donné lieu à tant de contes ridicules; ces apparitions de gens qui ressus-citaient pour effrayer les vivants et les engager à porter de l’argent aux prêtres,afin qu’ils dissent des prières et des messes, ou pour engager leurs parents àléguer quelques biens à l’Église, ce qu’ils avaient négligé de faire en mourant.On sait que les Cordeliers d’Orléans, convaincus d’une pareille fourberie, en fu-rent exemplairement punis. Enfin ces prêtres exploitaient le plus habilementqu’ils pouvaient la crédulité des faibles et des ignorants.
Les prêtres les plus instruits, les curés, les prédicateurs de Paris , pensionnairesde la cour d'Espagne , organes de sa politique ambitieuse et de ses fureurs fana-tiques, prêchaient le trouble, la sédition, le meurtre. Presque jamais, pen-dant cette période calomnieuse, des paroles de paix ne sont sorties de leurbouche; jamais la douce morale de l’Évangile ne fut‘recommandée par cesfurieux. Ils ne faisaient consister la religion que dans quelques jeûnes, quelquesabstinences de chair; que dans des offrandes et surtout dans les fréquentes etnombreuses processions dont j’ai parlé.
On croyait beaucoup , avant les règnes des Valois, aux revenants, aux démons,aux possessions, aux sorciers, aux divinations, aux présages, aux noueursd’aiguillettes, aux enchantements , aux volts , aux prédictions ; mais Catherine de Médicis , infatuée de ces misérables croyances, les propagea par son exemplee t par la faveur qu’elle accordait aux magiciens et aux astrologues : elle enamena même d’Italie à Paris . Parmi ces imposteurs, se distinguaient CosmeRuggieri, qui, accusé d’avoir fabriqué une image de cire pour le seigneur de LaMole, dans le dessein de captiver en sa faveur le cœur d’une princesse (la reineMarguerite), ou de faire mourir le roi Charles IX , fut, en 1574, arrêté et con-damné aux galères par arrêt du parlement. Catherine , alarmée pour le sort deson cher compatriote, écrivit au procureur-général de cette cour, parvint à sous-traire Ruggieri au supplice qu’il devait subir; et, pour le dédommager des peinesde sa prison, elle lui donna l’abbaye de Saint-Mahé en Bretagne .
René Benoît, curé de Saint-Eustache à Paris , crut nécessaire de publier,en 1579, un traité sur les maléfices, sortilèges et enchanleries, tant de ligaturese t nœuds d’esguillettes, pour empêcher l'action du mariage, qu'autres, etc., oùd écrit au chapitre II : « Nous sommes à présent tant affligés et inquiétés des
» sorciers et autres personnages diaboliques et ministres de Satan.» Leur
nombre était si considérable, en effet, que l’Estoile dit : « Du temps de Char-» les IX, celte vermine étoit parvenue à Paris à une telle impunité, qu’il y en