318
noblesse : ainsi, en 1575 , la ville de Paris , autorisée par le roi, tint une assem-blée dans la grande salle de l’Hôtel-de-Ville, et, après de mûres délibérations,rédigea des remontrances, où se trouvent ces passages : « Quant à l’état de» l’Église , la simonie y est publiquement et si impudemment soufferte, que l’on» ne rougit point d’intenter un procès et actions pour l’entretennement des con-» ventions simoniales et illicites... Les bénéfices ecclésiastiques sont à présent» tenus et possédés par femmes et gentilshommes mariés , lesquels emploient» les revenus à leur profit particulier, et ne font aucunement célébrer le service» divin , frustrant en cela l’intention de l’Église et des fondateurs, et n’exerçant» aucune charité envers les pauvres... Les évéques et curés ne résident sur leurs» bénéfices et évêchés, ainsi délaissent et abandonnent leur pauvre troupeau à la» gueuls du loup, sans aucune pasture ou instruction... et sont les ecclésia-» stiques si extrêmement débordés en luxure, avarice et autres vices, que le» scandale en est public. »
De pareilles plaintes se trouvent reproduites dans une infinité de monumentshistoriques. Les évêques , partout accusés d’orgueil, de vanité , s’adonnaient àla guerre, ne s’occupaient que de chevaux, de chiens et d’oiseaux de chasse, etse livraient à toutes sortes de débauches. Ce qui est remarquable, et ce quiprouve les défauts de l’institution, c’est que les vices que Grégoire de Tours et saint Boniface reprochaient aux évêques gaulois des septième et huitièmesiècles, et tous ceux qu’on leur a reprochés depuis, sont les mêmes dont ils sesont entachés au seizième.
Les habitants de Paris copiaient aussi exactement qu’ils le pouvaient lesmœurs de la cour ; ils imitaient, pour la plupart, sa dévotion, ses pratiquessuperstitieuses et magiques, ses débauches, son luxe et ses autres immoralités.Nulle législation fixée ; un mélange confus des lois romaines et des coutumesbarbares, des ordonnances de circonstance, incohérentes, souvent contradic-toires ; le tout mis à exécution avec une lenteur et une mollesse favorables auxcrimes, par des gens incapables, mal payés et faciles à corrompre. La seuledigue à opposer au torrent de la corruption , la religion , telle qu’elle était alorsenseignée , autorisait plutôt les désordres des passions qu’elle ne les prévenait.Des expiations commodes tranquillisaient les coupables sur les châtimentsfuturs , et bannissaient de leurs pensées jusqu’aux remords.
Toutes les parties de l’administration étaient dans le plus grand désordre.« En ce temps, dit l’Éstoile (en 1578), tous les états de France se vendoient au» plus offrant, principalement de la justice, qui étoit la cause que Y on reven-du doit en détail ce que l’on avoit acheté en gros, et qu’on épiçoit si bien les sen-» tences aux pauvres parties, qu’elles n’avoient garde de pourrir. Mais ce qui* étoit le plus abominable étoit la cabale des matières bénéficiales : la plupart» des bénéfices étoient tenus par femmes et gentilshommes mariés, auxquels» ils étoient conférés pour récompense, jusqu’aux enfants auxquels les bénéfices» se trouvoient le plus souvent affectés avant qu’ils fussent nés, en sorte qu’ils» venoient au monde crossés et mitrés. »
Le bas clergé était alors fort ignorant et très-peu réglé dans ses mœurs ; jeparle en général, car il est toujours, môme dans les temps les plus désordonnés,