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» avoit jusqu’à trente mille, comme le confessa leur chef, en 1572.» Mais cer-tainement ce chef exagérait.
L’ignorance portait les Parisiens à tout croire, et les disposait aussi à toutadmirer. Cette admiration constante pour les choses qui en étaient peu dignesleur a valu le surnom de Badaud Rabelais, avec la brusque franchise de sontemps, dit : a Le peuple de Paris est tant sot, tant badaud et tant inepte de» nature, qu’ung basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymba-» les, un vielleux au milieu d’un carrefour, assemblera plus de gens que ne» feroit un bon prédicateur évangélique. »
Les Parisiens ne se contentèrent pas d’adopter les croyances et les superstitionsde la cour; ils en imitèrent les manières et le luxe. Cette imitation causait degrands désordres dans les familles. Les rois tentèrent d’arrêter les progrès d’unvice dont ils donnaient eux-mêmes l’exemple, Henri II , en 1549, rendit uneordonnance contre le luxe; on lit, dans son préambule, que les gentilshom-mes et leurs femmes faisaient des dépenses excessives, pour leurs habits, « en» draps ou étoffes d’or et d’argent, pourfililures , passements, bordures, orfé-» vreries, cordons, canetilles, velours, satins ou taffetas barrés d’or ou d’ar-» gent. » Il prohibe ces superfluités comme ruineuses et tendantes à confondretous les états de la société, et règle le plus ou moins de richesse des habits surla différence des états des personnes. D’abord, il ordonne de ne porter d’é-toffes de soie qu’aux manches; au-devant du corps, sur les sayes qui serontdécoupées, et sur les bordures seulement de la largeur de quatre doigts. Ilpermet aux princes et princesses de se vêtir d’étoffes de soie rouge-cramoisie ;aux gentilshommes, d’en placer à leurs pourpoints et hauts-de-chausses ; auxdames et demoiselles, sur leurs cottes et manchons. Les filles qui servent lesreines ne pourront avoir des robes de velours d’une couleur autre que le rouge-cramoisi; celles qui sont au service des princes et dames ne pourront se vêtirque de velours noir ou tanné. Les femmes et filles des présidents et conseillers desdiverses cours de justice ne doivent porter aucune robe de velours, ni drap desoie, si ce n’est à leurs cottes et manchons. Les gens d’Église, à moins qu’ilsne soient princes, ne porteront point des robes de velours. Tous ceux qui nesont ni gentilshommes ni gens de guerre ne doivent point mettre soie sur soie,c’est-à-dire une saye de soie sur une robe de la même matière, ne doivent avoirni bonnets, ni souliers de velours, ni fourreau d’épée de la même étoffe. Il estde plus défendu à tous artisans mécaniques, paysans, gens de labeur, de porterpourpoint de soie, ni chausses bandées, ni bouffantes de soie. « Et parce qu’un» grand nombre de bourgeoises se font d’un jour à l’autre damoiselles, il leur» est défendu de changer leur état, à moins que leur mari ne soit gentilhomme.» Donné à Paris , le 12 juillet 1549.» Quelques jours après, on fut obligé dedonner à cette ordonnance des interprétations. Les lois somptuaires souventrenouvelées, furent toujoùrs très-mal exécutées.
La découverte du Nouveau-Monde avait produit au seizième siècle, en Eu rope , une grande abondance de numéraire, qui contribua beaucoup à la pro-pagation du luxe dans les classes secondaires, et au renchérissement desdenrées et objets manufacturés. Plusieurs contemporains se récrièrent contre