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SOUS HENRI III.
ce nouvel état de choses; ils en sentaient les effets sans en voir la cause. Unécrivain, en 1588, se plaint du haussement des immeubles, qui, depuis envi-ron quatre-vingts ans, dit-il, ont plus que quadruplé; de ce que l’argent n’ar-rive guère parmi les classes utiles, où il aiderait puissamment à la prospé-rité publique, et de ce que le peuple des campagnes, peuple dont le fisc et laféodalité arrachent la subsistance pour alimenter leur luxe et leur débauche,est plongé dans une misère extrême. Les guerres ont enseigné aux soldats leurinsolente habitude, dit-il : « Ils pillent, brûlent, ravagent tout aux pauvres« laboureurs, en enlevant leurs grains, leurs volailles, leurs bestiaux servant« au labourage ; ce qui fait que ces laboureurs quittent leur patrie, et que les terres« restent satis culture. » Le luxe des bâtiments est aussi pour lui un objet decensure : « Il n’y a pas trente ans, dit-il, que cette superbe façon de bâtir« est venue en France . Les meubles étoient simples ; on ne savoit ce que c’étoit« que tableaux et sculptures ; on ne voyoit point une immensité de vaisselle« d’argent et d’or, point de chaînes, bagues, joyaux, comme aujourd’hui...
« Pour entretenir ces excessives dépenses, il faut jouer, emprunter et se dé-« border en toutes sortes de voluptés, et enfin payer ses créanciers par des« cessions et faillites. » L’auteur passe ensuite au luxe de la table : <t On ne« se contente plus à un dîner ordinaire de trois services, consistant en bouilli,
« rôti et fruits ; il faut d’une viande en avoir cinq ou six façons, des hachis,
« des pâtisseries, salmigondis et autres excès ; et quoique les vivres soient« plus chers qu’ils ne le furent jamais, rien n’arrête ; faut des ragoûts sopliisli -« qués pour aiguiser l’appétit et irriter la nature. Chacun veut aujourd’hui aller« dîner chez Le More, chez Samson, chez Innocent, chez Ilavart, ministres de
* voluptés et de profusion, et qui, dans un royaume bien policé, seroient
* bannis et chassés comme corrupteurs des mœurs. »
Une ordonnance du 13 juillet 1558, citée par Miraumont, prouve qu’outre lesdames et demoiselles dont parle Brantôme, et que François L 1 ' avait attiréesprès de lui, il existait dans sa cour, sans doute pour le service des officierssubalternes, une corporation de filles de joie soumises à des règles de police, etdirigées par une dame. C’est pour faire cesser ce désordre que celte ordon-nance « enjoint et commande à toutes filles de joie et autres, non étant sur le
* rôle de la dame desdites filles, vuider la cour incontinent après la publica-
* tion de cette ordonnance ; avec défenses à celles étant sur le rôle de ladite
* dame, d’aller par les villages ; aux charretiers, muletiers et autres, les me-
* ner, retirer ni loger ; jurer et blasphémer le nom de Dieu , sur peine du fouet
* et de la marque : et injonction, par même moyen, auxdites filles de joie
* d obéir et suivre ladite dame, ainsi qu’il est accoutumé, avec défense de
* l’injurier, sous peine du fouet. »
Dans la Vieille-Rue du Temple, près du point où celle de Bretagne y débou-che, existait une réunion de lieux de prostitution ; sur la muraille d’une de cesmaisons était appliqué un grand crucifix en bois peint et doré. Cet objet vénéré,fim, par sa position, devenait une enseigne de la débauche, avait reçu dupeuple une qualification grossière et sacrilège. Pierre de Gondi , évêque de1 aris, fit, pendant la nuit du 10 mars 1580, enlever ce crucifix par les gens du
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