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HISTOIRE DE PARIS
guet, qui le transportèrent dans la maison épiscopale. Les rues de Glatigni oudu Val-d’Amour, d’Arras ou Champ-Gaillard, de Froidmantel ou Fromenteau,etc., continuèrent à offrir des repaires à la débauche.
Je quitte sans regret cette esquisse des mœurs d’une partie du xvi e siècle :esquisse qui suffit pour montrer l’état déplorable de l’espèce humaine, dégradéepar l’ignorance et la barbarie. Je vais donner quelques notions sur les usagesqui, dans ce même temps, étaient en vigueur à Paris .
usages. Chaque année, la veille de la fête de saint Jean, les magistrats dela ville faisaient entasser, sur la place de Grève, des fagots, auxquels le roi, ac-compagné d’une partie de sa cour, venait, lorsqu'il se trouvait à Paris , solen-nellement mettre le feu. Louis XI , en 1471, satisfit à cet usage, à l’imitationsans doute des rois ses prédécesseurs. Presque tous les rois, dans la suite,suivirent cet exemple. Louis XIV ne s'y trouva qu’une seule fois, en 1648. Cettecérémonie, nommée feu de la Saint-Jean, se célébrait avec beaucoup de pompeet de dépense. Au milieu de la place de Grève, en 1573, était planté un arbrede soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on atta-cha cinq cents bourrées et deux cents cotrets : au pied étaient entassées dixvoies de gros bois et beaucoup de paille. On y plaça un tonneau et une roue,dont j’ignore l’usage. On dépensa 44 livres pour des bouquets, des couronneset des guirlandes de roses. On employa beaucoup de cordes, des feux d’artifice,composés de lances à feu, pétards, fusées ; des pièces d’artillerie, boîtes etarquebuses à croc, etc. Cent vingt archers de la ville, cent arbalétriers, centarquebusiers y assistaient pour contenir le peuple. On attacha à l’arbre un pa-nier qui contenait deux douzaines de chats, et même un renard ; animaux des-tinés à être bridés vifs pour faire plaisir à Sa Majesté, porte le compte d'oùje tire ces détails Les joueurs d’instruments, notamment ceux que l’on qua-lifiait de la grande-bande, sept trompettes sonnantes accrurent le bruit de lasolennité. Les magistrats de la ville, portant des torches de cire jaune, présen-tèrent au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de veloursrouge, avec laquelle Sa Majesté alluma le feu. Le bois et les chats consumés,le roi monta à l’Hôtel-de-Ville, où il trouva une collation composée de dragéesmusquées, de plusieurs espèces de confitures sèches, de cornichons, de quatregrandes tartes, de massepains, et où l’on voyait des armoiries royales de sucreet dorées, deux livres et demie de sucre fin pour mettre sur les crèmes etfruits, etc. Le résultat de tant d’apprêts, de fanfare et de magnificence, n’étaitque de la fumée, des cendres et des tisons, que les Parisiens enlevaient et pla-çaient dans leurs maisons, persuadés qu’ils portaient bonheur. Nul ne se doutaitque cette cérémonie était un reste de l’antique fête solsticiale du soleil.
Louis XIV n’ayant assisté qu’une fois à cette cérémonie, Louis XV n’y ayantjamais paru, elle perdit de sa splendeur, et dans la suite elle devint très-simple. Le prévôt des marchands, les échevins et leur suite allaient, sanssavoir pourquoi, mettre le feu à un amas de fagots, et se retiraient après cetexploit. Cet usage s’est continué jusqu’à la révolution.
On commença, pendant cette période, à faire usage dans Paris d’une espècede carrosse grossier, appelé coche ; d’où est venu le nom de cocher. Ces voitures