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et par des plaisanteries contre Henri III . Le duc de Gnise n’abandonna jamais cemoyen de perdre ce roi dans l’opinion publique.
En 1585, le parti de la Ligue, appuyé par la cour d’Espagne , se réveilla. Leduc de Guise, sans l’autorisation du roi, leva une armée considérable, et fit laguerre à la Flandre . Cette atteinte aux droits de la couronne fut accompagnée deplusieurs sourdes pratiques, pour former dans Paris un parti puissant à la Ligue.François de Roncherolles y arriva chargé par le duc de Guise d’y former uncomité secret. Cet homme, fécond en ressources et en paroles, commença pars’adjoindre plusieurs personnes, parmi lesquelles je dois citer Nicolas Poulain,lieutenant du prévôt de l’Ile-de-France , qui, par intérêt ou par devoir, déjouapendant longtemps les projets des séditieux , en les dénonçant secrètement chaquejour au roi.
Ces conspirateurs, à la faveur de l’or que leur prodiguait l’Espagne , réussirentsans peine à engager dans leur faction la plupart des curés et prédicateurs deParis , qui eurent la charge expresse de saisir toutes les occasions, de les fairenaître lorsqu’elles ne s’offriraient pas d’elles-mêmes, pour exciter le peuple àdétester, à mépriser le roi, et pour le soulever contre les protestants de Paris . Onrecruta ensuite, dans le barreau, un assez grand nombre de partisans, qui devin-rent, à Paris , les principaux agents de la faction des Guise , et les provocateurs desscènes tumultueuses et sanglantes qui, pendant neuf années, désolèrent cetteville déjà épuisée par des excès de tous genres.
Les conspirateurs commencèrent par se donner une organisation. Un comité decinq, puis de dix personnes, fut chargé de diriger et d’exécuter les opérations :ce comité, pour échapper à la surveillance du gouvernement, changeait, chaquefois qu’il se réunissait, le lieu de ses séances. On sait qu’elles se tenaient alterna-tivement dans les maisons des conjurés, à la Sorbonne, au collège de Fortei, qui futà cette occasion nommé le berceau de la Ligue, et dans le couvent des Jésuites dela rue Saint-Antoine, etc.
Le comité des ligueurs s’occupa de se faire des partisans : chacun se partageala besogne suivant sa position.
La Chapelle-Marteau se chargea d’entraîner dans le parti de la Ligue tous lesmembres de la chambre des comptes; le présidtnt Lemaistre, tous ceux du par-lement ; Senaut, tous les clercs du greffe ; et un nommé Leleu, tous les huissiersde cette cour. Le président Neuilli promit de ranger sous les drapeaux de la Liguetous les conseillers du parlement ; et le nommé Choulier, tous les clercs de cetlecour. Rolland s’engagea, avec le secours de son frère, conseiller à la Cour desmonnaies, d’entraîner dans le parti tous les généraux et conseillers des monnaies.D’autres eurent la charge de faire des partisans à la Ligue parmi les sergents àcheval et à verge, parmi leurs voisins et les habitants de leur quarlier. Labruyère,lieutenant particulier, répondit de tous les conseillers du Châtelet ; Crucé, desprocureurs de cette cour, et aussi d’une grande partie des professeurs et écoliersde l’Université; Michelet promit d’emhaucher tous les mariniers et gens de rivière,tous mauvais garçons. Toussaint Poccart, potier d’étain , et un nommé Gilbert,charcutier, entraînèrent tous les bouchers, charcutiers de la ville et des faubourgs,dont le nombre passait quinze cents ; et Louchard, commissaire, tous les mar-