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SOUS LA DOMINATION DE LÀ LIGUE,demain, il se rendit à Chartres , où il séjourna jusqu’à la fin du mois. Cette ville,pendant ce temps, devint le théâtre de plusieurs négociations.
Les ligueurs, puissants et débarrassés de toute entrave, s’occupèrent de leursprojets d’ambition ou de vengeance. Le duc agit alors en souverain: il ordonnaque les barricades de Paris fussent enlevées, se fit remettre les fortifications duPetit et du Grand-Châtelet, de l’Arsenal, du Temple et de la Bastille, dont il fitgouverneur le fameux ligueur Bussi-Leclerc ; enfin, il opéra encore plusieursautres changements dans l’administration de la ville.
La lutte entre les rois et les Guise se déplaça, et eut son dénouement dans lechâteau de Blois , où Henri III fit assassiner le chef de la Ligue , le duc de Guise,et emprisonner les principaux ligueurs.
La nouvelle de cet assassinat parvint bientôt à Paris , et causa parmi les ligueursla plus vive fermentation. Le duc d’Aumale, qui se trouvait dans cette ville, enfut nommé gouverneur ; il commença par faire emprisonner un grand nombrede ceux qu’on appelait politiques, fit fouiller leurs maisons, et mit à contri-bution tous les habitants riches qui n’étaient pas ligueurs. On arracha les armoi-ries du roi, placées au portail de l’église Saint-Barthélemy, et on les traîna dansle ruisseau. Le curé de Saint-Gervais , le fameux Wincestre, avait disposé lepeuple à cet acte de vengeance, en prêchant contre le roi, et en le traitant devilain Hérode , injure qui offre à peu près l’anagramme de Henri de Valois . Ondétruisit sur tous les édifices les armoiries et les figures de Henri III ; enfin ondéchira son portrait partout où il se trouvait.
Le 1 er janvier 1589, Wincestre, après son sermon, « exigea, ditl’Estoile, de tous‘ les assistants le serment d’employer jusqu’à la dernière goutte de leur sang,
* jusqu’au dernier denier de leur boürse, pour venger la mort des deux princes« lorrains, massacrés par le tyran dans le château de Blois , à la face des états.
* 11 exigea un serment particulier du premier président de Harlai, qui, assis
* devant lui dans l'œuvre, avait ouï sa prédication, l’interpellant par deux fois
* en ces mots : Levez la main, Monsieur le président, levez-la bien haut, encore« plus haut, afin que le peuple la voie ; ce qu’il fut contraint de faire. Ge serment« fut exigé par les curés de plusieurs autres paroisses. »
Le conseil des Seize proposa à la Sorbonne la question de savoir si les Français avaient le droit de faire la guerre au roi pour la défense de la religion catholique;et la faculté de théologie, « c’est-à-dire huit ou dix soupiers et marmitons, dit« l’Estoile, comme porte-enseignes et trompettes de sédition, déclarèrent tous les
* sujets du royaume absous du serment de fidélité et obéissance qu’ils avaient
* jurés à Henri de Valois , naguère leur roi, rayèrent son nom des prières de‘ l’Eglise, en composèrent d’autres pour les princes catholiques, et firent enten-
* tendre qu’on pouvait en conscience prendre les armes contre ce tyran exé-« crable. » Voilà comment l’autel fut le soutien du trône. Le 8 janvier,W incestre annonça dans son sermon la mort de Catherine de Médicis , décédéele 5 de ce mois. Il dit que pendant quelque temps elle fut le soutien des hérétiques;mais que depuis elle avait favorisé la Ligue. « Si vous voulez, dit-il, donner à l’a-
* venture, par charité, un Pater ou un Ave, -il lui servira de ce qu’il pourra, je‘ vous le laisse à votre liberté. »