Buch 
Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
Entstehung
Seite
340
JPEG-Download
 

340 HISTOIRE DE PARIS

voyant qu'il nobtenait aucune réponse satisfaisante à ses propositions, il attaquade nouveau Paris .

Cette attaque fut pour les Parisiens , qui commençaient à concevoir quelquesespérances, un coup accablant. Le souvenir des maux passés, la crainte de lesvoir se renouveler encore, les réduisaient au désespoir, lorsquun événementinattendu vint subitement changer leur situation. Le 30 août, à la naissance dujour, les sentinelles aperçurent que les extérieurs de lenceinte étaient dégarnisde troupes ennemies. Alors des cris de joie se font entendre sur tous les pointsde la muraille. Les habitants, éveillés à ces cris, ne peuvent croire à ce bonheurinespéré; ils accourent sur les remparts, et sassurent par leurs yeux de la véritéde cette nouvelle. Aussitôt le Te Dtum fut chanté : le prédicateur Panigarole fitun sermon, et noublia point de faire célébrer cet événement par une magnifiqueprocession. Les plus affamés laissèrent ces cérémonies, se répandirent dans leschamps, dans les villages voisins, et y cherchèrent pâture. Henri IY, instruit delapproche de larmée espagnole commandée parle duc de Parme, avait, deuxheures avant le jour, levé le siège de Paris pour aller au-devant de cette arméeet la combattre.

Deux jours après, les Parisiens apprirent avec joie que Henri IV , nayant puréussir à faire sortir les ducs de Parme et de Mayenne de leurs retranchements,avait divisé-son armée et lavait répartie en plusieurs provinces. Le duc deMayenne put alors, sans risque, se rendre à Paris : en effet, le 18 septembre,il y arriva. «Les Parisiens, dit lEstoile, ne témoignèrent pas grande joie à son« arrivée, et le regardoient dun œil plus triste que joyeux, étant encore com-« battus de la faim, et plus touchés des maux quils avoient endurés que de bonne« espérance pour lavenir. »

Je sortirais des bornes que je me suis prescrites, si je mengageais dans lexposédes événements multipliés qui se sont passés depuis le 12 septembre 1590, époque le siège de Taris fut levé, jusquau 22 mars 159i, qui fut celle Henri IV fit son entrée dans cette ville. Il suffît davoir offert le tableau des progrès de laLigue, de la chute du dernier des Valois, du siège de Paris , et de la misèreexcessive de ses habitants.

Trois classes d'hommes figurent dans ce drame politique. Dans la premièresont les princes, les seigneurs (excepté Henri IV et quelques-uns de ses fidèlesamis), misérables ambitieux, qui, sans autre talent que la dissimulation et laperfidie, sans autre vertu que la persistance, savancent péniblement vers leurbut, de crime en crime, et en sont punis par des crimes. Dans la secondeclasse sont les ecclésiastiques, qui, au nom sacré de la religion, prêchent la sédi-tion et le meurtre, que cette religion condamne. La troisième est le peuple,toujours trompé parce quil est toujours crédule, toujours immolé à lambitiondes chefs, toujours payant les frais de leurs manœuvres ambitieuses. Lesprincipaux personnages, dénués de vertus, délévation dâme, de générosité, depatriotisme, nont rien du caractère héroïque, et ninspirent aucun intérêt; maisles événements et les malheurs quils ont fait naître, offrent des leçons dont lapolitique et la morale peuvent retirer quelque enseignement utile.