voyant qu'il n’obtenait aucune réponse satisfaisante à ses propositions, il attaquade nouveau Paris .
Cette attaque fut pour les Parisiens , qui commençaient à concevoir quelquesespérances, un coup accablant. Le souvenir des maux passés, la crainte de lesvoir se renouveler encore, les réduisaient au désespoir, lorsqu’un événementinattendu vint subitement changer leur situation. Le 30 août, à la naissance dujour, les sentinelles aperçurent que les extérieurs de l’enceinte étaient dégarnisde troupes ennemies. Alors des cris de joie se font entendre sur tous les pointsde la muraille. Les habitants, éveillés à ces cris, ne peuvent croire à ce bonheurinespéré; ils accourent sur les remparts, et s’assurent par leurs yeux de la véritéde cette nouvelle. Aussitôt le Te Dtum fut chanté : le prédicateur Panigarole fitun sermon, et n’oublia point de faire célébrer cet événement par une magnifiqueprocession. Les plus affamés laissèrent ces cérémonies, se répandirent dans leschamps, dans les villages voisins, et y cherchèrent pâture. Henri IY, instruit del’approche de l’armée espagnole commandée parle duc de Parme, avait, deuxheures avant le jour, levé le siège de Paris pour aller au-devant de cette arméeet la combattre.
Deux jours après, les Parisiens apprirent avec joie que Henri IV , n’ayant puréussir à faire sortir les ducs de Parme et de Mayenne de leurs retranchements,avait divisé-son armée et l’avait répartie en plusieurs provinces. Le duc deMayenne put alors, sans risque, se rendre à Paris : en effet, le 18 septembre,il y arriva. «Les Parisiens, dit l’Estoile, ne témoignèrent pas grande joie à son« arrivée, et le regardoient d’un œil plus triste que joyeux, étant encore com-« battus de la faim, et plus touchés des maux qu’ils avoient endurés que de bonne« espérance pour l’avenir. »
Je sortirais des bornes que je me suis prescrites, si je m’engageais dans l’exposédes événements multipliés qui se sont passés depuis le 12 septembre 1590, époqueoù le siège de Taris fut levé, jusqu’au 22 mars 159i, qui fut celle où Henri IV fit son entrée dans cette ville. Il suffît d’avoir offert le tableau des progrès de laLigue, de la chute du dernier des Valois, du siège de Paris , et de la misèreexcessive de ses habitants.
Trois classes d'hommes figurent dans ce drame politique. Dans la premièresont les princes, les seigneurs (excepté Henri IV et quelques-uns de ses fidèlesamis), misérables ambitieux, qui, sans autre talent que la dissimulation et laperfidie, sans autre vertu que la persistance, s’avancent péniblement vers leurbut, de crime en crime, et en sont punis par des crimes. — Dans la secondeclasse sont les ecclésiastiques, qui, au nom sacré de la religion, prêchent la sédi-tion et le meurtre, que cette religion condamne. — La troisième est le peuple,toujours trompé parce qu’il est toujours crédule, toujours immolé à l’ambitiondes chefs, toujours payant les frais de leurs manœuvres ambitieuses. — Lesprincipaux personnages, dénués de vertus, d’élévation d’âme, de générosité, depatriotisme, n’ont rien du caractère héroïque, et n’inspirent aucun intérêt; maisles événements et les malheurs qu’ils ont fait naître, offrent des leçons dont lapolitique et la morale peuvent retirer quelque enseignement utile.