SOUS LA DOMINATION DE LA LIGUE. 33»
Le *23 juillet, plusieurs pauvres, ne pouvant plus supporter un état aussidouloureux, allèrent, à la faveur de la nuit, se jeter aux pieds du roi, luidemandèrent du pain et la permission de laisser sortir de Paris les habitants quisouffraient le plus de la disette. Henri IV , attendri, leur accorda leur demande,et permit à trois mille pauvres de sortir de la ville : le lendemain, de grand matin,près de quatre mille de ces gens affamés profitèrent de cette permission; mais,les soldats ayant remarqué que leur nombre excédait celui que le roi avait fixé,en forcèrent environ huit cents à rétrograder vers la ville : ces malheureux yrentrèrent en poussant des cris lamentables.
Le 27 juillet de la môme année, des bourgeois de divers quartiers se réunirent,allèrent chez le duc de Nemours, gouverneur de Paris , et lui dirent, les larmesaux yeux, qu’il était mort lrente mille personnes par la famine, et que le secoursdes Espagnols, si souvent promis, n’arrivait pas : ils lui demandèrent des vivresou la permission de se rendre au roi de Navarre. Le duc les renvoya en leurdisant qu’il communiquerait leur demande à son conseil, et que, dans peu detemps, ils auraient une décision. Une nouvelle réunion de bourgeois se fit auPalais de Justice. La plupart d’entre eux étaient armés, et demandaient haute-ment du pain ou la paix. Le duc de Nemours accourt, fait fermer le Palais etmettre en prison la plupart des mécontents; deux furent pendus. On disait que leroi de Navarre avait excité cette émeute.
Le mal allait toujours croissant : tous les ânes, tous les chiens, les chats, lesrats et l’herbe qui croissait dans les rues étaient consommés : on avait épuisé lesplus affreuses ressources. Dans les maisons des riches, on se nourrissait avec duPain fait de farine d’avoine. Les pauvres imaginèrent de pulvériser de l’ardoise,et d’en faire une espèce de pâte : ils allèrent plus loin, ils déterrèrent dans lescimetières les os des morts. Ces os, léduils en poussière, formaient un alimentqu’on nomma le pain de madame de Montpensier...
Enfin,pressés par les instances des bourgeois, par la crainte d’une révolte etpar l’impossibilité de nourrir les soldats de la garnison, les chefs de la Ligue, àParis , imaginèrent d’entamer une négociation avec le roi. Us envoyèrent undéputé pour lui demander une entrevue et des passeports : le cardinal de Gondiut l’archevêque de Lyon furent nommés. Mais, avant de partir, ils crurent néces-saire d’obtenir du légat du pape l’absolution du crime qu’ils allaient commettreun communiquant avec un prince hérétique, et en faisant ce qu’ils avaient juréde ne jamais faire. Le légat en usa généreusement, et leur accorda la permissionde violer leur serment. Un autre motif détermina les chefs de la Ligue à entamercette négociation : ils pensèrent que leurs députés, en sortant de Paris , pour-raient faire parvenir secrètement des dépêches ou duc de Mayenne et au duc deParme. Henri IV fit une verte réprimande à ces prélats députés de la Ligue, etles accusa, ainsi que ceux de leur cabale, d’être les auteurs des maux affreuxqui désolaient Paris . Cette entrevue se tint le 10 août 1590, dans l’abbaye Saint-Antoine. Elle n’eut d’autre avantage pour les Parisiens que de leur procurer unetrêve de dix jours, pendant laquelle le roi accorda plusieurs passeports auxdames, aux écoliers, aux prêtres, même à ses plus grands ennemis. Le 17 août,