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Henri, roi de Navarre, le 2 août 1589, succéda, comme le plus proche héritierde la couronne, au roi Henri III , assassiné à Saint-Cloud par le moine Jacques Clément . Le 4 du même mois, il reçut le serment de fidélité des seigneurs quise trouvaient dans l’armée royale, et prit le nom de Henri IV .
Avant d’arriver au trône de France , ce prince éprouva les rigueurs et lescaprices de la fortune. Appelé à Paris pour y épouser la sœur du roi, ses nocesdevaient être le prélude de son assassinat. Elles furent aussi celui du massacrede ses amis; mais les poignards de la Saint-Barthélemi l’épargnèrent. Placé à latête du parti protestant, il combattit toujours avec courage et souvent avecsuccès. Le pape, en 1585, l’excommunia, ainsi que son cousin le prince de Condé.Henri fit afficher dans plusieurs rues et carrefours de Rome , et notamment surles statues de Pasquin et de Marforio, son opposition à la bulle qui l’excommu-niait. Il répondit à Sixte V avec le style qu’avait employé Philippe-le-Bel dans salettre au pape Boniafce VIII. Voici son début: «Henri, par la grâce de Dieu ,
» roi de Navarre, prince souverain du Béarn, premier pair de France, s’oppose» à la déclaration et excommunication de Sixte V , soi-disant pape de Borne, la» maintient fausse, et en appelle comme d’abus en la cour des pairs de France ,» desquels il a cet honneur d’être le premier; et, en ce qui touche le crime d’hé-» résie, et de laquelle il est faussement accusé par la déclaration, dit et soutient» que monsieur Sixte V , soi-disant pape, sauve sa sainteté, en a faussement et» malicieusement menti , et que lui-même est hérétique; ce qu’il fera prouver en» plein concile libre et légitimement assemblé, etc. »
Ce prince, qui avait fait la guerre avant d’être roi de France , la fit encorelongtemps après : il batailla, pendant l’espace de cinq ou six ans, avec plus decourage que de bonheur, ballotté par les cabales de la plupart des seigneurs,qui tour à tour servaient, abandonnaient ou trahissaient ses intérêts, et quiformèrent contre son autorité un tiers-parti. Après avoir négocié inutilementauprès des chefs de la Ligue, il prit la résolution d’embrasser la religion catho-lique. Une conférence se tint, au mois d’avril 1593, dans le village de Surenne,entre des catholiques ligueurs et des catholiques royalistes. Par suite de cetteconférence, fut conclue entre les partis une trêve, laquelle combla de joie lesParisiens, qui purent alors, avec sécurité, aller visiter leurs champs des environsde Paris et leurs fermes dévastées.
Le roi, pendant cette conférence, se retira à Mantes . Cette ville figurait alorscomme la capitale de sa domination. Sollicité vivement par plusieurs personnesde changer de religion, changement qui lui était présenté comme l’uniquemoyen d’établir une paix durable, il fut arrêté qu’il se ferait instruire, et que laville de Saint-Denis serait le lieu où il manifesterait sa conversion par des actesde religion catholique, en y entendant la messe. Un grand nombre de Parisiens assista à la cérémonie, qui se célébra le 25 juillet 1593. Ils virent le roi, accom-pagné des princes et des officiers de la couronne, se rendre à l’église Saint-Denis,où il fut reçu par le cardinal de Bourbon, et plusieurs autres prélats, devantlesquels il prononça la formule de son abjuration.