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HISTOIRE DE PARIS
Cet acte solenuel augmenta le nombre des partisans du roi, et diminua l’in-fluence que des zélés ligueurs exerçaient sur des esprits crédules; mais il neconvertit point les chefs de la Ligue, ne modéra point l’éloquence furibondedes prédicateurs, et ne livra point Paris à Henri 1Y. Dès lors il fut démontréque le catholicisme était le prétexte, et non le véritable motif de la Ligue.
Ce roi voyant que son activité et ses forces militaires étaient insuffisantes pourobtenir sur ses nombreux ennemis un avantage décisif, et que sa conversion neproduisait pas tout l’effet qu’on lui en avait fait espérer, se décida à marchanderet acheter secrètement la conscience de plusieurs gouverneurs qui tenaient pourla Ligue diverses villes et places fortes; et le prix de leur trahison fut débattucomme s’il s’agissait d’objets de commerce.
C’est par ce moyen qu’Henri IV rentra en possession de Paris . Le comte deBelin, gouverneur de cette ville, avait, malgré ses serments, promis de la vendreau roi; mais, devenu suspect aux ligueurs, il fut destitué le 17 janvier 1594.Le comte de Brissac fut mis à sa place : après avoir prêté tous les sermentsexigés, il les viola presque aussitôt en livrant Paris à Henri IV pour la sommed ’un million six cent quatre-vingt quinze mille quatre cents livres.
Tout étant disposé et les rôles distribués pour la reddition de la place, unepartie de la garnison espagnole fut, sous de faux prétextes, éloignée de Paris .Le 22 mars 1594, dès quatre heures du matin, Brissac, gouverneur de cetteville, et Lhuillier, prévôt des marchands, se rendirent, sans bruit, à la Porte-Neuve, située sur le quai du Louvre, au-dessus de l’emplacement où depuis on abâti le Pont-Royal. Cette porte, comme plusieurs autres, était terrassée. Ils tirentpromptement enlever les^terres qui en bouchaient l’ouverture, et y placèrentpour gardes des hommes aflidés. Par ces diverses portes, Henri IV et une partiede ses troupes s’introduisirent au matin dans la ville.
D’autres corps de troupes, tirés des garnisons de Corbeil et de Melun , descen-dus par la Seine , furent accueillis par les partisans du roi, qui baissèrent leschaînes tendues à travers cette rivière pour laisser entrer leurs bateaux, etfirent en sorte qu’ils pussent sans obstacle venir débarquer sur le quai desCélestins. Toutes ces forces étant assemblées dans Paris , Brissac en sortit pouraller au-devant de Henri IV . Ce roi, près d’entrer dans une ville où il avait tantd’ennemis, où depuis longtemps on avait juré sa perle, montra des craintes etde l’hésitation : il y entra et en sortit trois fois, dit un contemporain. Sur lessept heures du matin, plus rassuré, entouré de ses gardes et d’une nombreusecavalerie, il entra par la Porte-Neuve, se rendit au Louvre, s’y reposa, ensortit à neuf heures accompagné d’un nombreux et brillant cortège, alla à l’égliseNotre-Dame , où, au son des cloches, il fut reçu par le chapitre et l’archidiacre,en l’absence de l’évêque. Il y entendit la messe et un Te Deum , puis il revint auLouvre.
Cette entrée imprévue atterra les ligueurs. Revenus de leur stupéfaction,plusieurs coururent aux armes; mais ce commencement de résistance n’eut pasde suite. Olivier, capitaine du quartier du Temple, se donna des mouvementsinutiles pour en soulever les habitants.
Le soir, Henri IV ordonna à l'ambassadeur d'Espagne de sortir sur-le-champ