SOU S ME Mil IV.
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avec les troupes espagnoles. Cette sortie s’effectua sans événement par la porte Saint-Denis . Le roi, s’étant placé à une fenêtre d’une maison voisine de cetteporte, vit défiler ces troupes étrangères au nombre de trois mille hommes, etdit à l’ambassadeur : Monsieur, recommandez-moi à votre maître, mais n’y reve-nez plus. La journée du 22 se termina par des réjouissances et des cris de Vivele roi! et par le refus formel du légat du pape de venir saluer Henri IV .
Le 27 mars, la Bastille fut rendue au roi par Antoine Humaine, dit Dubourgl’Espinasse, qui en avait été nommé gouverneur pour la Ligue. Il ne rendit cetteforteresse que lorsqu’il fut informé que le duc de Mayenne ne pouvait la secou-rir. Il capitula honorablement pour lui et la garnison, et ne voulut recevoiraucun argent pour cette reddition. Sollicité de reconnaître Henri IV comme sonroi, il répondit qu’il avait donné sa foi au duc de Mayenne , et ajouta que Brissacétait un traître; qu’il le soutiendrait en le combattant en présence du roi; qu’illui mangerait le cœur au ventre; qu’il allait l’appeler au combat, et qu’il lui feraitperdre l’honneur, s’il ne lui faisait pas perdre la vie.
Henri IV , parvenu ainsi à se rendre maître de la capitale de la France , semontra magnanime envers ses plus acharnés détracteurs, et ne conserva contreeux ni haine ni désir de vengeance. Cette conduite généreuse l’éleva au-dessusdes mœurs de son siècle, où les actes de représailles et les vindications donnaient,dans l’opinion de la noblesse, des droits à la considération; où les violences lesplus'criminelles se plaçaient au rang des exploits les plus glorieux.
La crainte du poignard des moines et des fanatiques troubla son repos pendanttout son règne, et. lui fit commettre des fautes. Cette crainte, comme les événe-ments l’ont prouvé, n’était que trop bien fondée.
Il redoutait les jésuites : il voulut s’en faire des amis. Il les caressait comme lefaible caresse un ennemi redouté : vaines condescendances ! sa mort était réso-lue : lui-même en fut averti, et témoigna au maréchal de Bassompierre sesappréhensions sur le sort qui le menaçait. Peu de jours après cette communi-cation, le vendredi 14 mai 1610, le roi se rendait du Louvre à l’Arsenal, et pas-sait par la rue de la Ferronnerie, rue alors fort étroite : son carrosse y fut arrêtépar un embarras de voitures. Ses gens de pied quittèrent la rue, et passèrentpar une des galeries du charnier des Innocents. Pendant cette station forcée,le roi se pencha pour parler au duc d’Épernon : alors un homme s’avance,s’élève sur les roues de la voiture, porte au roi, à l’endroit du cœur, un coupde couteau qui lui arrache ces mots, les derniers qu’il ait articulés : Je suis blessé-Sans se déconcerter, l’assassin frappe un second coup. Le premier coup étaitmortel, le second ne l’était pas. Un troisième coup fut, dit-on, porté, mais il«'atteignit point le roi. « Chose surprenante, dit l’Estoile, nul des seigneurs quia étoient dans le carrosse n’a vu frapper le roi ; et, si ce monstre d’enfer eût8 jeté son couteau, on n’eût su à qui s’en prendre : mais il s’est tenu là pour” se faire voir, et pour se glorifier du plus grand des assassinats. » Cet assassinétait Ravaillac .
Ainsi, après avoir échappé dix-sept fois an poignard de ses ennemis, il suc-comba à la dix-huitième.