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elles étaient volumineuses, et on les portait sur sa poitrine, pendues au cou. —François I er avait rétabli la mode de porter la barbe longue ; les parlements etles chapitres-cathédrales avaient longtemps résisté à cette mode; mais cescorps se relâchèrent bientôt de leurs principes rigoureux. Sous Henri IV , tousles hommes, sans distinction, laissaient croître leur barbe. On employait de lacire pour donner aux poils une direction élégante.
Le costume des hommes et des femmes de la cour, par la richesse dont il étaitchargé, par ses formes roides, ses lignes droites qui défiguraient entèremantle nu, conservait encore le caractère de la barbarie. Les hommes comme lesfemmes portaient des espèces de corps de baleines en forme de cuirasses. —Dans le chapitre précédent, j’ai parlé de l’usage adopté par les femmes de lacour de se couvrir le visage d’un masque : cet usage fut encore en vogue pen-dant la présente période, et devint général. Ces masques étaient ordinairementde velours noir, se ployaient facilement, et se nommaient loups. Dans les cha-pitres suivants, je parlerai encore de cet usage et de ses motifs.
Peu d’heures après la mort tragique de Henri IV , le duc d’Épernon , celuiqui, étant dans le carrosse du roi, l’avait vu assassiner, vint, accompagné degardes-françaises et de gardes -suisses, à la cour du parlement, qui siégeait alorsdans le couvent des Grands-Augustins (1). Il y demanda avec un ton menaçantla régence du royaume pour la reine, et dit à cette cour en mettant la main àson épée : Elle est encore dans le fourreau ; mais il faudra quelle en sorte sidans l'instant on n’accorde pas à la reine un titre qui lui est dû selon l’ordre dela nature et de la justice. Le parlement, sans délibérer, consentit à cette demande.C’était la première fois que cette cour conférait la régence, et, depuis, cetteprérogative lui est restée.
La régente, dévote sans être pieuse, dépourvue de lumières et de jugement,ne se distinguait que par son opiniâtreté, par son dévouement aux jésuites et àla cour de Rome ; elle fit tout ce que voulurent ses conseillers, ses directeurs, etconsentit à ce que tout l’ouvrage de Henri IV fût détruit pièce à pièce. Cettereine, après avoir composé un conseil de régence de tous ceux qui y préten-daient, conseil qui n’était que pour les apparences, forma un conseil secret oùfiguraient au premier rang les ennemis naturels de la prospérité française : unjésuite, le P. Cotton; le nonce du pape; Conciui, natif de Florence , espèce dedomestique, qu’elle éleva au grade de maréchal de France, quoiqu’il n’eùt jamaisfait la guerre; le duc d’Épernon , etc. ; tous ou presque tous accusés, surtout cedernier, d’être les provocateurs ou les complices de l'horrible assassinat du roison époux.
(1) Le Palais de Justice ayant été destiné aux festins et aux cérémonie; du couronnement de lareine, le parlement fut obligé d’en déguerpir, et de transporter, le 17 avril précédent, ses séancesaux Augustins, dans le réfectoire de ce couvent, ainsi (pie cela s’etait pratiqué autrefois.