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rapprochaient beaucoup des politiques, étaient persuadés qu’ils professaient lechristianisme dans sa pureté primitive. Us ne persécutaient pas, on les persécu-tait. — Ceux qu’on nommait athéistes n’observaient aucune religion. Cette classed'hommes, qui suivait l’impulsion d’un caractère audacieux , d’un libertinaged’esprit, n’était pas assez instruite pour avoir de la moralité sans religion. Aussitous ceux que l’histoire de ce temps nous signale sous la dénomination d 'athéistesou d’athées sont-ils presque tous des hommes souillés de crimes. Cependant ondonnait cette qualification à des personnes auxquelles on n’avait à reprocherqu’une grande indifférence pour toutes les religions, pour tous les partis poli-tiques, et un penchant pour la vie voluptueuse.
Si j’ajoutais ici quelques traits de la partialité et de la corruption de la plupartdes magistrats chargés de rendre la justice, et des pillages bien avérés des finan-ciers, pillages tolérés et punis tour à tour, et jamais réprimés, je compléterais letableau moral des hommes qui, par leurs dignités et leurs emplois, ont, pendantcette période, exercé une grande influence sur le peuple ; mais je me livrerais àde trop longs détails.
J’ai déjà parlé des vols, des assassinats, des crimes de tout genre qui se com-mettaient impunément dans les rues de Paris . Je pourrais à ce sujet citer plu-sieurs passages puisés dans les écrivains de ce temps, et notamment dans lesregistres manuscrits du parlement, et composer un tableau hideux des mœursde cette époque. Mais c’en est assez; et si l’on me reprochait d’avoir, dans lestraits que j’ai rassemblés, choisi le mal de préférence au bien, je répondrais que,les monuments historiques ne m’ayant offert que des erreurs, des vices et descrimes, je n’ai pas eu à choisir. Cependant, du milieu de ce cloaque de corrup-tion, s’élèvent quelques actions dignes d’éloges; elles sont particulières, très-rares, et n’opposent à la règle générale que de faibles exceptions.
Sous le règne de Henri IV , les études libérales se maintinrent dans la voiedu progrès où elles s’étaient engagées. Les commentateurs facilitèrent l’étudede l’antiquité; les satires de d’Aubigné, la satire Ménippée, furent des modèleset offrirent un genre de plaisanterie, un art de manier le ridicule qui n’est plusguère en usage dans notre littérature. — De Thou , au milieu de l’orage desfactions, produisit une histoire universelle, remarquable par son impartialité:l’Estoile écrivit son curieux journal plein de principes excellents, et où brillentde temps en temps des aperçus fins et des traits originaux et spirituels; Mornays’exerçait sur la politique et la théologie ; Sully préparait les matériaux de sesMémoires, et Michel de Montaigne imitait en se jouant la profondeur de Sénèque et la précision de Tacite . — Les arts de luxe et d’agrément se maintinrent, maisne firent guère de progrès. Les arts utiles furent plus heureux. On commençasous Henri IV à cultiver les vers à soie, à fabriquer des tapisseries de haute lisse,des miroirs ou glaces, à l'instar de celles de Venise , etc. Des lunettes d’approchefurent, pour la première fois, introduites à Paris , en avril 1609.
usages. Pendant cette période, on commença à répandre sur les cheveux dela poudre blanche; et l’Estoile nous apprend que l’on vit, en 1593, trois religieu-ses se promener dans les rues de Paris les cheveux frisés et poudrés. — L’usagedes montres, qu’on appelait montres-horloges , s’établit à Paris sous ce règne;