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HISTOIRE DE PARIS
Concini. Le roi approuva son projet, et chargea Vitry , capitaine de ses gardes,de jouer le principal rôle dans son exécution. Le 24 avril 1617, pendant queConcini , pour se rendre chez la reine, passait sur le pont-dormant qui précédaitle pont-levis du Louvre, Vitry , à la tête des gardes de roi, l’attaque et le tue. Leroi, transporté de joie, dit à l’assassin : Grand merci à tous, à cette heure je suisroi! Il le fit aussitôt maréchal de France. Le corps de Concini , qu’on avait furti-vement enterré dans l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, fut, par une troupede laquais, déterré le lendemain matin, traîné dans les rues de Paris , diviséen lambeaux que l'on brûla, et que l’on pendit aux potences qu’il avait faitdresser. Quelques mois auparavant, la population, à l’instigation de la mère duprince de Condé, avait pillé et dévasté pendant deux jours l’hôtel que ce mal-heureux possédait rue de Tournon, depuis appelé hôtel des Ambassadeurs ,et aujourd’hui hôtel de Nivernais. Enfin, la femme de Concini , nourrice et con-fidente de la reine, fut décapitée par arrêt du parlement.
La reine, par ordre de son fils, fut consignée dans son appartement. On fitaussitôt abattre le pont qui conduisait de son cabinet au jardin du Louvre. Ellene soi’tit de cette espèce de prison que pour être exilée au château de Rlois.
De Luynes, sous le nom du roi, gouverna les Français avec un despotismerévoltant, surpassa son prédécesseur en abus d’autorité, et surtout en dépréda-tion de finances. Jamais chef d’État n’avait excité plus de mécontentement;jamais la haine publique ne s’était exhalée par un aussi grand nombre de pam-phlets, de satires et de malédictions. Depuis on ne connaît que le cardinal Ma-zarin qui ait obtenu sur de Luynes cette triste supériorité.
Pendant les onze années que durèrent ces deux tyrannies, la digue queHenri IV avait opposée à l’ambition turbulente de la noblesse fut rompue; lesduels, les assassinats, les brigandages, les guerres civiles et toutes les calamitésqu’elles entraînent, vinrent accabler le peuple français. Les princes, les seigneursconsidérant le gouvernement comme leur patrimoine, et les honneurs, les pen-sions qui en émanaient, comme leur proie, se disputèrent et s’arrachèrent l’au-torité et les finances de l’État. Ils firent souvent la guerre à la cour, qui résistaitquelquefois à leurs demandes exorbitantes.
On ralluma les torches du fanatisme, en violant les traités faits avec les pro-testants. Les jésuites obtinrent la permission de rouvrir leur collège à Paris . Leprince de Condé, qui, au nom du roi, sous Concini , avait été renfermé à la Bas-tille, fut, au nom du roi, sous de Luynes, mis en liberté. La reine se sauva deBlois , et son fils se raccommoda avec elle. Un an après, la reine, conseillée parRichelieu, fit la guerre à son fils, et le roi prit les armes contre sa mère. — Leduc de Lesdiguières promet de se faire catholique, et le prince de Condé me-nace d’embrasser la religion protestante. « Si l’on vouloit rapporter toutes les» particularités de ces guerres, dit un contemporain, on verroit en la poursuite» d’icelles, non les intentions du roi exécutées, ains (mais) des perfidies, des-» loyautés et trahisons, tant du côté des persécutés que des persécuteurs. »
Après la mort de de Luynes, un troisième personnage, plus audacieux encore,s’avance sur la scène politique, et maîtrise toutes les ambitions : sa tyrannie faitoublier et même regretter celle de ses prédécesseurs. Ce personnage est Armand-