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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE DE PARIS

et tourner ses arrêts en dérision, ils remirent le même jour leurs satellites enmouvement. Les uns allèrent à Charenton , y pillèrent et ruinèrent sans obsta-cles deux maisons restées intactes, appartenant à des protestants; d'autres at-troupés au faubourg Saint-Marcel, se livrèrent à divers excès. Il y eut trois per-sonnes de la religion protestante massacrées, et quelques séditieux tués. Cesderniers, informés que les protestants, pour éviter la mort, sétaient réfugiésdans les bâtiments des Gobelins, sefforçaient den briser les portes. M. de Mont-bazon, averti de leur dessein, sy transporta avec des forces, chercha par desdiscours à dissiper lattroupement, et se retira.

A peine fut-il éloigné que les séditieux se livrèrent à de nouvelles violences;ils se portèrent notamment dans la rue des Postes, ils pillèrent deux maisons.Les magistrats, assistés de la force armée, sy rendirent aussitôt, et surprirentquatre de ces pillards chargés de bardes qu'ils avaient enlevées. Deux de cesvoleurs furent, le lendemain, pendus en place de Grève avec des écriteaux por-tant ces mots : Séditieux faiseurs démotions. Les deux autres furent, le mêmejour, flétris et fouettés, la corde au cou, et bannis pour neuf ans. Ces exécutionsétouffèrent momentanément la sédition; et les chefs ajournèrent leurs projets.A la place du temple ruiné, on en fit construire un nouveau en 1623 plus vasteet plus magnifique, sur les dessins de Jacques de Brosses.

On voit par le récit de ce mouvement que lautorité publique navait pas laforce de prévenir une sédition, quoique le projet lui en fût connu; quelle navaitpas celle den arrêter les progrès; enfin quelle ne pouvait, tout au plus, quentempérer la violence.

chambre de jüstice. Cest ici le lieu de placer une notice sur la chambre dejustice établie à lArsenal, tribunal de sang, institué par le cardinal de Richelieupour répandre leffroi dans lâme de ses ennemis, et donner quelques couleurslégales aux assassinats que son ambition méditait. Pour neffaroucher personnesur létablissement de ce tribunal extraordinaire, ce cardinal déclara dabord quilnaurait pour unique attribution que le crime de fausse monnaie , et ensuite quiljugerait plusieurs autres crimes.

On commença par faire le procès à quelques faux monnayeurs ; et, au sujetdun gentilhomme nommé Henri de Grèce, sieur de Vaugrenier, accusé de cecrime, il séleva entre la nouvelle chambre et le parlement une querelle assezvive. Le parlement avait déjà commencé la procédure, et laccusé était dans lesprisons delà Conciergerie. Néanmoins la chambre de lArsenal ordonna que lespièces du procès, ainsi que laccusé, lui seraient délivrés. Le parlement sop-posa à lexécution de cette ordonnance, et, le 18 novembre 1631, défendit auxgreffiers, huissiers, sergents, concierges, dy obtempérer. Alors la chambre delArsenal, voyant son ordonnance méprisée, voulut faire arrêter le greffier dubailliage du Palais, et fit emprisonner à la Bastille le lieutenant-général de cebailliage. Lavocat du roi Bignon séleva vivement contre ces formes violenteset extraordinaires, déclama contre la chambre de lArsenal, se plaignit notam-ment de ce que cette chambre, ayant condamné deux faux monnayeurs à mort,les avait fait exécuter en place de Grève pendant la nuit. Il demanda quil fûtfait contre ces expéditions nocturnes des remontrances au roi. Le parlement-