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Les médecins et chirurgiens ont leur tour ; et l’auteur les accuse de ne pasconnaître l’effet des remèdes qu’ils ordonnent, de faire des expériences sur lesmalades, de ne point visiter ceux qui sont hors d’élat de les payer, de prolongerles maladies pour tirer plus d’argent de leurs clients, etc. L’interlocuteur répondffue les médecins sont savants; mais qu’il en est qui, n’ayant acquis leur scienceque depuis peu de temps, agissent avec hésitation. S’ils refusent d’aller visiterles malades pauvres, c’est que ces pauvres sont sujets à des maladies qui nepeuvent être soignées que par les malades eux-mêmes.
L’auteur se plaint vivement delà conduite des tuteurs et curateurs envers leurspupilles. Ils achètent des biens de toute espèce aux dépens des orphelins dont ilsadministrent les propriétés, tandis que ces malheureux enfants manquent deschoses les plus nécessaires : les tuteurs leur refusent tout, les nourrissent à peine,ne leur donnent aucune éducation, et ne leur font pas même apprendre à lire.L’interlocuteur ne nie point qu’il existe des tuteurs qui se conduisent d’unemanière aussi criminelle; mais il dit qu’ils sont rares, et ajoute qu’il s’en trouvequi remplissent tous leurs devoirs.
Ici se termine ce tableau des mœurs parisiennes sous le règne de Louis XIII ,tableau tracé par une personne, corrigé bien ou mal, adouci ou approuvé parune autre. Rien n’est ici exagéré : on pourrait même reprocher à l’auteur decet écrit d’avoir glissé légèrement sur certains désordres, peu choquants pourlui, parce qu’il y était habitué. La prostitution dominait, et l’exemple des grandsy entraînait non-seulement les dernières classes de la société, mais encore cetteclasse moyenne qui se distingue ordinairement des autres par une plus granderégularité de mœurs. Les bourgeoises, marchandes, femmes de procureurs etd’avocats ne rougissaient pas d’une infamie qui entretenait leur luxe et leurorgueil.
Les vols, les assassinats, très-multipliés, se commettaient non seulement lamût, mais aussi en plein jour, dans les lieux les plus fréquentés de Paris , à lav ue de la multitude qui ne s’en étonnait pas. — On distinguait deux principalesespèces de voleurs : les coupe-bourses et les tire-laines. Les premiers coupaientavec adresse les cordons de bourse que les hommes et les femmes continuaientde porter pendue à leur ceinture. Les tire-laines, ou tireurs-de-laines, arrachaientviolemment le manteau de dessus les épaules de celui qui le portait. Le Pont-Neuf dail le théâtre le plus ordinaire de pareils exploits, le lieu que ces filous trouvaientI e plus convenable à l’exercice de leurs talents.
Le règne de Louis XIII est encore caractérisé par la faveur qu’obtinrent lesr °domonts, les fanfarons, les bravaches, les spadassins, les duellistes, et surtoutceux qu’on nommait à la cour les raffinés d’honneur.
Les écrivains du temps nous peignent les nobles, la tête ombragée d’unvolumineux panache, et portant le manteau de velours et de taffetas, les bottesblanches et garnies d’éperons, la longue épée au côté, relevant sans cesse leursmoustaches avec deux doigts ou avec une baguette qu’ils tenaient à la main,effilant leur barbe, qu’ils portaient alors fort pointue ; battant le pavé, faisanttapage dans les brelans, dans les tavernes et dans les lieux de débauche :n ouvrant la bouche que pour blasphémer, et pour vanter leur naissance et
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