424
L’interlocuteur bénévole ne désavoue aucun de ces faits; mais il dit qu’il setrouve en France , et notamment à Paris , des juges fort pieux et équitables; ques’il en est qui font durer les procès, c’est qu’il leur faut du temps pour découvrirla vérité; que s’ils condamnent les coupables à de légères peines, c’est par com-passion, comme l’on « fait, dit-il, à la cour du parlement, qui est plus douce et» plus clémente que celle du Châtelet. Si les juges sont corrompus, ce n’est point» par amis ou par argent, mais par une punition de Dieu . »
L’auteur parle ensuite des avocats et des procureurs, qui font durer les pro-cès pendant deux ou trois ans et bien davantage, et qui n’agissent pour lesplaideurs qu’autant qu’ils en reçoivent des présents. •— L’interlocuteur assurequ'il existe des avocats et des procureurs très-hommes de bien; que, s’ils traî-nent les procès en longueur, c’est que la matière en est difficile. — L’auteuraccuse les notaires de faire de faux contrats, de ne point y insérer les forma-malités nécessaires, et de travailler le dimanche. — L’interlocuteur, pour touteréponse, dit que, si les notaires travaillent le dimanche, c’est qu’ils y sontobligés pour des affaires pressantes, et ne les justifie point du crime de faus-seté. — L’auteur accuse les sergents de courir partout pour trouver des coupa-bles. S’ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leurdonnent quelque argent. Ils vont dans de mauvais lieux, et font semblant demener au Châtelet ceux qu’ils y trouvent ; mais si les hommes arrêtés leurdonnent en chemin la pièce, ils les laissent en liberté : « Ce qui est, dit-il, cause» de beaucoup de maux qui se commettent dans la ville, où la police est cor-» rompue, etc. »
L’interlocuteur convient que les commissaires et sergents lâchent quelquefoisles malfaiteurs qu’ils ont pris, et dit qu’ils ne le font point pour de l'argent, maisparce qu’ils reconnaissent qu’ils ont saisi l’innocent pour le coupable, ou le plusblessé pour le moins blessé : dans le premier cas, ils font acte de justice; dans lesecond, acte d’humanité.
L’auteur passe aux marchands de Paris . Ils se damnent pour un liard, dit-il,gagnent sur leurs marchandises le double de ce qu’elles leur ont coûté, en ven-dent de mauvaises, en jurant Dieu et Diable qu’elles sont excellentes. Il en estqui, pour attirer les chalands, permettent, comme cela se fait au Palais, aux[tassants d’entrer dans leurs boutiques, et pour « peu de chose, et quelquefois» pour rien, leur laissent la liberté de parler à leurs femmes, de leur dire des» choses lascives, avec attouchements et regards..., le tout pour vendre une> douzaine d’aiguillettes de soie, un collet à la mode, une bourse d’enfant, une» dragme ou deux de parfum pour la perruque, ou bien pour une petite épée de» bois, à mettre au côté d’un enfant; ainsi pour peu de chose, »
L’interlocuteur répond à ces reproches que les marchands ne peuvent pas sedamner pour un liard ; que, lorsqu’ils jurent que leur marchandise est bonne,c’est qu’ils la croient telle. Quant aux marchands du Palais, qui permettent auxacheteurs de caresser leurs femmes, ils les justifie en disant que ces prétendusacheteurs sont peut-être les parents de la marchande, ou ses amis, qui luiparlent d’affaire ou de piété. Quant aux attouchements, cela se fait, dit-il, quel-quefois par jeu, et, non par mal. Il justifie les autres reproches par des raisonsaussi péremptoires.