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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE I)E PARIS

Linterlocuteur bénévole ne désavoue aucun de ces faits; mais il dit quil setrouve en France , et notamment à Paris , des juges fort pieux et équitables; quesil en est qui font durer les procès, cest quil leur faut du temps pour découvrirla vérité; que sils condamnent les coupables à de légères peines, cest par com-passion, comme lon « fait, dit-il, à la cour du parlement, qui est plus douce et» plus clémente que celle du Châtelet. Si les juges sont corrompus, ce nest point» par amis ou par argent, mais par une punition de Dieu . »

Lauteur parle ensuite des avocats et des procureurs, qui font durer les pro-cès pendant deux ou trois ans et bien davantage, et qui nagissent pour lesplaideurs quautant quils en reçoivent des présents. Linterlocuteur assurequ'il existe des avocats et des procureurs très-hommes de bien; que, sils traî-nent les procès en longueur, cest que la matière en est difficile. Lauteuraccuse les notaires de faire de faux contrats, de ne point y insérer les forma-malités nécessaires, et de travailler le dimanche. Linterlocuteur, pour touteréponse, dit que, si les notaires travaillent le dimanche, cest quils y sontobligés pour des affaires pressantes, et ne les justifie point du crime de faus-seté. Lauteur accuse les sergents de courir partout pour trouver des coupa-bles. Sils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leurdonnent quelque argent. Ils vont dans de mauvais lieux, et font semblant demener au Châtelet ceux quils y trouvent ; mais si les hommes arrêtés leurdonnent en chemin la pièce, ils les laissent en liberté : « Ce qui est, dit-il, cause» de beaucoup de maux qui se commettent dans la ville, la police est cor-» rompue, etc. »

Linterlocuteur convient que les commissaires et sergents lâchent quelquefoisles malfaiteurs quils ont pris, et dit quils ne le font point pour de l'argent, maisparce quils reconnaissent quils ont saisi linnocent pour le coupable, ou le plusblessé pour le moins blessé : dans le premier cas, ils font acte de justice; dans lesecond, acte dhumanité.

Lauteur passe aux marchands de Paris . Ils se damnent pour un liard, dit-il,gagnent sur leurs marchandises le double de ce quelles leur ont coûté, en ven-dent de mauvaises, en jurant Dieu et Diable quelles sont excellentes. Il en estqui, pour attirer les chalands, permettent, comme cela se fait au Palais, aux[tassants dentrer dans leurs boutiques, et pour « peu de chose, et quelquefois» pour rien, leur laissent la liberté de parler à leurs femmes, de leur dire des» choses lascives, avec attouchements et regards..., le tout pour vendre une> douzaine daiguillettes de soie, un collet à la mode, une bourse denfant, une» dragme ou deux de parfum pour la perruque, ou bien pour une petite épée de» bois, à mettre au côté dun enfant; ainsi pour peu de chose, »

Linterlocuteur répond à ces reproches que les marchands ne peuvent pas sedamner pour un liard ; que, lorsquils jurent que leur marchandise est bonne,cest quils la croient telle. Quant aux marchands du Palais, qui permettent auxacheteurs de caresser leurs femmes, ils les justifie en disant que ces prétendusacheteurs sont peut-être les parents de la marchande, ou ses amis, qui luiparlent daffaire ou de piété. Quant aux attouchements, cela se fait, dit-il, quel-quefois par jeu, et, non par mal. Il justifie les autres reproches par des raisonsaussi péremptoires.