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mission de plusieurs hommes puissants, qui auraient pu s’opposer à ce qu’elles’emparât entièrement de la régence, fut forcée d’en faire payer les frais aupeuple, en augmentant le poids des contributions. La disette des finances et lanécessité d’établir de nouveaux impôts firent violemment éclater le méconten-tement général.
Le 15 janvier 1648, on fil tenir au roi un lit de justice, dont le but était deforcer le parlement à enregistrer plusieurs édits bursaux. Émery, surintendantdes finances, créature de Mazarin , avait, dans cette fabrication d’édits, épuiséson génie inventif : il avait créé des charges de contrôleurs de fagots, de jurésvendeurs de foin, de conseillers crieurs de vin, de conseillers languéyeurs deporcs, e te., etc. : voilà le côté ridicule de ces édits. Mais un de ces édits portaiten outre un grand préjudice aux rentiers de la ville; et un autre atteignaitles gages des chambres des comptes et des cours des aides : cette maladresseirrita ces compagnies souveraines. Le parlement, déjà mal disposé, fit, suivantson usage, des remontrances. La régente refusa de les entendre; le méconten-tement s’accrut.
Pendant ces hostilités préliminaires, la cour du parlement se divisa en troisparties : les Frondeurs, les Mazarins et les Mitigés. Les Frondeurs étaient ceuxqui avaient résisté à la vérification des édits ; les Mazarins, les hommes dé-voués au ministre de ce nom ; et les Mitigés, les lâches qui n’osaient tenir àaucun de ces partis, et qui attendaient le succès de l’un ou de l’autre pour sedécider.
Deux conseillers du parlement s’étaient fait remarquer par leur courage enrésistant à l’oppression de Mazarin et en défendant les intérêts nationaux : l’unétait René Potier de Blancménil ; l’autre, Pierre Broussel , que l’on nomma lePatriarche de la Fronde, le Père du peuple. Le 26 août de la même année, Mazarin eut l’imprudence de les faire enlever et emprisonner, et de bannir de Paris plu-sieurs de leurs collègues.
Cet enlèvement opéré excita une grande rumeur dans le quartier Notre- Dame . On crie au secours de proche en proche; l’alarme se répand sur lespoints les plus éloignés, les boutiques se ferment; on prend les armes, ontend les chaînes dans les rues et elles sont barricadées comme du temps deHenri III . A cette nouvelle, la régente, qui avec le jeune roi habitait le Palais- Royal , envoya les régiments des gardes françaises et des gardes suisses pouroccuper le Pont-au-Change, le Pont-Neuf et celui des Tuileries , afin de couper lescommunications. Mais cette force armée ne put résister à un attroupement tou-jours croissant : elle se maintint sur le pont des Tuileries et se replia prudem-ment près du Palais-Royal , où elle se rangea en bataille. Pendant ce mouvementdes troupes, l’évêque de Paris , si fameux sous le nom de Cardinal de Petz,se présente pour la première fois sur la scène. Il arrive au Pont-Neuf , vêtu deses habits pontificaux ; il exhorte le peuple à se retirer; on lui répond que Tonne posera les armes que lorsque les conseillers emprisonnés seront en liberté.Le prélat, voyant son éloquence sans effet, se rend au Palais-Royal , expose à larégente les conséquences dangereuses de cette émeute qui pouvait amener unerévolte générale. La régente, inspirée par l’orgueil espagnol , lui répond : C’est se