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SOUS LOUIS XIV .cette relation qui pourrait bien contenir quelques vérités ; mais elles sont dé-figurées par des fictions qui n’amènent que des doutes. Celui qui l’a composéen’était qu’à demi initié dans le mystère.
11 est certain qu’un jeune homme, dont on avait grand soin de cacher l’état,et les traits du visage, passa une grande partie de sa vie dans les prisons; ilest certain qu’il fut, en 1666, conduit au château de Pignerol, puis transféré,vers l’an 1686, dans l’ile de Sainte-Marguerite, où le gouverneur, Cinq-Mars,reçut de Louis XIV l’ordre de lui faire construire une prison; et que de là il futconduit en litière, par le même Cinq-Mars, à la Bastille , où il entra le 18 sep-tembre 1698, ayant le visage recouvert d’un masque de velours noir. Il y mourutle 19 novembre 1703, et fut enterré dans le cimetière de l’église Saint-Paul, sousle nom de Marchiali.
On avait ordre de !e tuer s’il se faisait connaître. Aussitôt qu’il eut rendu ledernier soupir, on défigura et mutila son visage, dan - la crainte qu’il ne futdéterré et reconnu ; les murs de sa prison furent décrépis et fouillés; on crai-gnait qu’il n’y eût tracé quelques mots ou caché des écrits qui auraient déceléson origine; on fit brûler tous les linges, habits, meubles qui lui avaient servi,ainsi que les portes et fenêtres de sa prison ; son argenterie fut fondue, etc. Cesprécautions minutieuses, prises pour cacher l’origine et 1 état de ce prisonnier,indiquent sans aucun doute un personnage important par la naissance. Ajoutonsenfin que les gouverneurs des prisons où il fut détenu, et Louvois lui-même, luiparlaient avec respect, debout, et le qualifiaient de mon prince.
Louis XIII étant mort le 14 mai 1643, la régence du royaume fut acquise àAnne d’Autriche . La France alors, livrée aux mains d’un enfant, d’une femmeétrangère et d’un cardinal italien placé par Richelieu pour gouverner d’aprèsses principes, fut de nouveau en proie aux troubles de l’anarchie féodale etaux déchirements des dissensions civiles.
Le règne de Louis XIV se divise en trois parties distinctes : celle de la ré-gence d’Anne d’Autriche , celle où ce roi régna par lui-même, et celle de savieillesse.
Le cardinal défunt avait, en mourant, remis les rênes de l’État au cardinalMazarin. Moins absolu dans ses volontés, moins violent dans leur exécution,Mazarin surpassait peut-être son prédécesseur en souplesse, en déguisement,e n immoralité; mais il le surpassait certainement dans l’art de mener uneintrigue. Placé dans des circonstances différentes de celles où s’était trouvéHichelieu, ce ministre, maître de l’esprit, et même, dit-on, du cœur d’Anne d Autriche , eût joui sans obstacle de l’autorité suprême dans toute sa pléni-tude, s’il n’eût trouvé dans ses ennemis des hommes plus énergiques et presqueaussi fourbes que lui. Voici quelle fut l’étincelle qui fit éclater l’incendie poli-tique : Déjà même avant la mort de Louis XIII des cabales sourdes s’élaientformées contre Mazarin et contre la future régente. Le souvenir du gouverne-me nt du cardinal mort faisait appréhender celui du cardinal vivant. Déjà unpuissant parti, composé de princes, de seigneurs et de quelques membres duparlement, tous ennemis de Richelieu, et redoutant le retour des persécutions,s était formé contre la cour. D’autre part, Anne d’Autriche , pour acheter la sou-