Buch 
Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
Entstehung
Seite
432
JPEG-Download
 

432 HISTOIRE DE PARIS

ses instances et néprouva que des refus réitérés ; mais bientôt cette reine mal-avisée fut obligée daccorder à la peur ce quelle avait refusé à la raison.

Les membres du parlement, congédiés, sen retournaient à pied dans leur pa-lais, lorsque arrivés aux premières barricades, vers la Croix-du-Trahoir, à len-trée de la rue de lArbre-Sec, ils furent arrêtés. Un nommé Raguenet, marchandde fer, capitaine du quartier, savança avec douze ou quinze bourgeois armés,demanda au premier président sil ramenait M Broussel . Le président fit uneréponse négative, .quil voulut adoucir par des espérances, en disant que le par-lement allait en délibérer au Palais. Cest au Palais-Royal quil faut retourner,lui dit Raguenet, et ramener Broussel : sans lui vous ne passerez pas. Un autreparticulier saisit le président par le bras ou par la barbe quil portait fort lon-gue, lui disant que puisquil navait pas obtenu la liberté des conseillers em-prisonnés, il allait le prendre pour ôtage. Dautres personnes lui dirent que, sidans deux heures cette liberté nétait pas accordée, deux cent mille hommesiraient, en armes, supplier Sa Majesté dy consentir. Quelques-uns, plus furieux,menaçaient dexterminer les auteurs du mécontentement public, de mettre lefeu au Palais-Royal , de poignarder le cardinal et ses adhérents, etc. La plupartdes membres du parlement retournèrent au Palais-Royal , le premier prési-dent exposa à la régente la volonté et les menaces du peuple. La reine faisaitencore des difficultés. Le parlement, pour délibérer sur ce nouveau refus, tintséance dans la Galerie du Palais-Royal . Le duc dOrléans, le cardinal Mazarinet le chancelier y assistèrent; il fut décidé que les conseillers arrêtés et bannisseraient libres et rappelés à leurs fonctions. Lordre en fut expédié sur-le-champ. Cette décision fut signifiée aux Parisiens qui, peu confiants dans lespromesses de la cour, déclarèrent quils resteraient en armes jusquà ce quilsvissent en pleine liberté Broussel , lAmi de la patrie. Il parut le lendemain matin.Alors les salves dartillerie manifestèrent la joie publique, et le peuple voulutaccompagner honorablement ce magistrat jusquen sa maison. Ainsi se terminala célèbre journée du 27 août de lannée 1648, journée connue dans lhistoiresous le nom de journée des Barricades, et qui rappelle celle de 1588, signaléepar le même nom.

Le triomphe obtenu par le parlement dans une lutte dont le prétexte était hono-rable, fortifia considérablement son parti. Plusieurs princes et seigneurs prirentparti dans sa querelle et se rangèrent sous ses bannières. La régente, instruitedes trames qui sourdissaient, et des assemblées secrètes qui se tenaient à larche-vêché chez le coadjuteur, ne se croyant pas en sûreté à Paris , résolut, le 13 sep-tembre suivant, daller avec son fils et son ministre Mazarin au château de Rueil ;en même temps elle fit arrêter plusieurs personnes de distinction et arriver diverscorps de troupes dans les environs de Paris .

Le parlement envoya une députation à la régente pour lengager à revenir àParis avec le roi. La reine répondit que son absence de cette ville ne devait avoirrien dalarmant pour les habitants ; quelle avait lhabitude, dans cette saison, depasser avec le roi son fils quelque temps à la campagne. Cette députation futsuivie de plusieurs autres sur des objets dutilité publique. Il en résultat la dé-claration du roi, du 24 août 1648, qui présentait quelques palliatifs aux mauxqui désolaient lÉtat.