ses instances et n’éprouva que des refus réitérés ; mais bientôt cette reine mal-avisée fut obligée d’accorder à la peur ce qu’elle avait refusé à la raison.
Les membres du parlement, congédiés, s’en retournaient à pied dans leur pa-lais, lorsque arrivés aux premières barricades, vers la Croix-du-Trahoir, à l’en-trée de la rue de l’Arbre-Sec, ils furent arrêtés. Un nommé Raguenet, marchandde fer, capitaine du quartier, s’avança avec douze ou quinze bourgeois armés,demanda au premier président s’il ramenait M Broussel . Le président fit uneréponse négative, .qu’il voulut adoucir par des espérances, en disant que le par-lement allait en délibérer au Palais. C’est au Palais-Royal qu’il faut retourner,lui dit Raguenet, et ramener Broussel : sans lui vous ne passerez pas. Un autreparticulier saisit le président par le bras ou par la barbe qu’il portait fort lon-gue, lui disant que puisqu’il n’avait pas obtenu la liberté des conseillers em-prisonnés, il allait le prendre pour ôtage. D’autres personnes lui dirent que, sidans deux heures cette liberté n’était pas accordée, deux cent mille hommesiraient, en armes, supplier Sa Majesté d’y consentir. Quelques-uns, plus furieux,menaçaient d’exterminer les auteurs du mécontentement public, de mettre lefeu au Palais-Royal , de poignarder le cardinal et ses adhérents, etc. La plupartdes membres du parlement retournèrent au Palais-Royal , où le premier prési-dent exposa à la régente la volonté et les menaces du peuple. La reine faisaitencore des difficultés. Le parlement, pour délibérer sur ce nouveau refus, tintséance dans la Galerie du Palais-Royal . Le duc d’Orléans, le cardinal Mazarinet le chancelier y assistèrent; il fut décidé que les conseillers arrêtés et bannisseraient libres et rappelés à leurs fonctions. L’ordre en fut expédié sur-le-champ. Cette décision fut signifiée aux Parisiens qui, peu confiants dans lespromesses de la cour, déclarèrent qu’ils resteraient en armes jusqu’à ce qu’ilsvissent en pleine liberté Broussel , l’Ami de la patrie. Il parut le lendemain matin.Alors les salves d’artillerie manifestèrent la joie publique, et le peuple voulutaccompagner honorablement ce magistrat jusqu’en sa maison. Ainsi se terminala célèbre journée du 27 août de l’année 1648, journée connue dans l’histoiresous le nom de journée des Barricades, et qui rappelle celle de 1588, signaléepar le même nom.
Le triomphe obtenu par le parlement dans une lutte dont le prétexte était hono-rable, fortifia considérablement son parti. Plusieurs princes et seigneurs prirentparti dans sa querelle et se rangèrent sous ses bannières. La régente, instruitedes trames qui s’ourdissaient, et des assemblées secrètes qui se tenaient à l’arche-vêché chez le coadjuteur, ne se croyant pas en sûreté à Paris , résolut, le 13 sep-tembre suivant, d’aller avec son fils et son ministre Mazarin au château de Rueil ;en même temps elle fit arrêter plusieurs personnes de distinction et arriver diverscorps de troupes dans les environs de Paris .
Le parlement envoya une députation à la régente pour l’engager à revenir àParis avec le roi. La reine répondit que son absence de cette ville ne devait avoirrien d’alarmant pour les habitants ; qu’elle avait l’habitude, dans cette saison, depasser avec le roi son fils quelque temps à la campagne. Cette députation futsuivie de plusieurs autres sur des objets d’utilité publique. Il en résultat la dé-claration du roi, du 24 août 1648, qui présentait quelques palliatifs aux mauxqui désolaient l’État.