rendre coupable de révolte que de croire que l’on puisse se révolter contre le roi ;ces contes sont imaginés par ceux qui désirent le trouble. Mais d’autres avis pluspressants sur l’état menaçant de l’insurrection déterminèrent enfin la régente àdéclarer que dès que les Parisiens auraient mis bas les armes, et que le calmeserait rétabli, elle rendrait la liberté à Broussel . En conséquence, le coadjuteurde Retz et le maréchal de la Meilleraie furent chargés d’aller porter cette propo-sition au peuple insurgé.
La nuit fut calme : chaque habitant la passa dans sa maison. La cour de la ré-gente se persuada que le tumulte était apaisé; et, dans cette opinion, elle voulutle lendemain exercer avec sévérité son autorité royale. Elle envoya de grandmatin au Palais Pierre Séguier , chancelier, chargé de l’ordre d’interdire au par-lement toute discussion sur les affaires publiques. Pendant qu’il s’y rendait, deuxcompagnies des gardes suisses marchaient pour se saisir de la porte de Nesle .L’objet de cette double manœuvre est bientôt connu du public ; on court auxarmes, on attaque les Suisses en flanc, on en tue une trentaine, et l’on dispersele reste. Le chancelier que les barricades empêchaient de passer par le quai de laMégisserie et par celui des Orfèvres, continue son chemin par le Pont-Neuf et surle quai des Augustins. A l’extrémité de ce quai, du côté du pont Saint-Michel , ilest reconnu : le peuple court sur lui ; le chancelier se réfugie à l’hôtel de Luynes,situé sur le même quai, au coin de la rue Git-le-Cœur.
Odieux par sa conduite sous le ministère de Richelieu, Séguier avait tout àcraindre. 11 est suivi jusque dans cet asile, où l’on ne peut le découvrir. 11 étaitcaché avec son frère, évêque de Beauvais , dans une espèce d’armoire. Le peupleétait sur le point de mettre le feu à l’hôtel de Luynes, lorsque arriva le maréchalde la Meilleraie à la tête de deux ou trois compagnies de gardes françaises ougardes suisses : il parvint à dégager l’hôtel, et à faire sortir le chancelier de sacachette, le fit mettre précipitamment dans un carrosse, et s’enfuit avec lui auPalais-Royal . Il était poursuivi par une troupe de Parisiens armés; les gardes quil’accompagnaient firent des décharges en se retirant, et blessèrent plusieurs per-sonnes; le maréchal, à l’entrée du Pont-Neuf , tua d’un coup de pistolet une pauvrefemme qui portait une hotte; la fureur du peuple n’en fut que plus animée.Gomme la voilure du chancelier passait devant la statue équestre de Henri IV , onlira des maisons qui sont en face plusieurs coups de fusil. La duchesse de Sully,Ville du chancelier, reçut une blessure au bras; Picault, lieutenant du grand-prévôt de l’hôtel, et Samson, fils du géographe, qui se trouvaient dans le mêmecarrosse, furent blessés à mort.
Ces tentatives mal calculées, cet orgueil, cette sévérité déplacée, accrurentl’indignation publique. Tous les habitants prirent les armes, les enfants même sepourvurent de poignards ; les chaînes furent dressées dans toutes les rues ; plusde deux cents barricades furent fortifiées, ornées de drapeaux, et les rues reten-tirent de ces exclamations : Vive le roi ! point de Mazarin !
Le parlement vint en corps au Palais-Royal , et demanda à la régente la libertéde Blancménil et de Broussel . Le premier président Molé remontra à cette prin-cesse que cette liberté était le seul remède propre à calmer le mécontentementgénéral. La régente s’y refusa avec beaucoup d’aigreur : le parlement renouvela