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cette ville le 11 avril, accompagné des ducs de Reaufort, de La Rochefoucauld etde plusieurs autres seigneurs. Le duc d’Orléans alla au-devant de lui, et le con-duisit au parlement. Le prince de Coridé y déclara qu’il n’avait pris les armes quepour se garantir des attentats du cardinal Mazarin, et qu’il les poserait aussitôtque ce ministre serait hors de France .
Les 19 et 22 avril, il se tint à l’Hôtel-de-Ville deux assemblées solennellescomposées des membres de toutes les autorités civiles et religieuses de Paris . Ily fut arrêté qu’une députation serait faite auprès du roi pour le prier de se rendredans cette ville, et d’exclure de son conseil et de la France le cardinal Mazarin.Démarche inutile.
Cependant l’armée du prince de Condé occupait les environs de Paris , et l’ar-mée royale, commandée par le vicomte de Turenne, la harcelait de son mieux.Les sièges, les combats, les retraites répandaient la désolation dans les campagnes :tout était ravagé par des soldats qui ne songeaient qu’aux succès du parti qu’ilsavaient embrassé, et ne voyaient qu’avec dédain les malheurs affreux qu’ils cau-saient. Le pillage, les meurtres, les incendies, sur un rayon de trente lieues aumidi de Paris , de quinze à vingt sur les autres aspects de cette ville, avaient faitdéserter toutes les habitations rurales. On voyait une infinité de malheureusesfamilles abandonner leurs foyers, et venir avec leurs bestiaux, leurs vivres, échap-pés à la voracité des soldats, chercher un asile à Paris . Arrivées aux portes de cetteville, elles y trouvaient un obstacle. Les commis des barrières exigeaient un droitd’entrée : il y eut à ce sujet des émeutes aux portes Saint-Honoré et Saint-An-toine ; et, le 26 avril 1652, le parlement ordonna que les commis ne percevraientaucun droit sur les bestiaux et denrées amenés dans Paris pour la consommationde ceux qui s’y réfugiaient.
Les autorités principales de Paris servaient des partis différents. Le corps deville, c’est-à-dire le prévôt des marchands, les échevins, penchaient pour Mazarin ;le parlement et les autres cours de justice lui étaient contraires. Le coadjuteur,devenu cardinal de Retz, agissait alors pour le parti de la cour. Cette diversité departis se manifestait par des délibérations opposées, par une infinité de pamphletscontre Mazarin auxquels le cardinal de Retz faisait répondre ou répondait lui-même, et dans la classe du peuple, par des attroupements, des cris séditieux, desviolences contre les partisans de Mazarin .
Le 10 mai 1652, les échevins se rendirent au parlement avec une suite nom-breuse. Le peuple qui remplissait la grand’salle se jeta sur leurs archers, lesdésarma, les dépouilla de leurs casaques brillantes: deux échevins furent enmême temps attaqués, et n’auraient pu échapper aux coups de ces mécontentssi le duc de Reaufort ne fût venu les délivrer. « 11 ne se passait guère de jour« que le peuple ne donnât des marques de son zèle pour les princes, dit Joly« dans ses Mémoires, et de sa fureur contre le cardinal Mazarin. Le prévôt des«marchands et tout le corps de ville furent attaqués en plusieurs rencontres,« particulièrement une fois en sortant du Luxembourg , avec tant de violence,« qu’ils furent obligés de se réfugier dans quelques maisons de la rue Tournon,« et d’abandonner leurs carrosses, qui furent mis en pièces. Cette conduitedu peuple donnait des craintes à Mazarin , et ces craintes l’empêchèrent de ra