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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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SOUS LOUIS XIV .

mener la cour à Paris , dans ses intérêts elle aurait se rendre avant que leprince de Condé vint y dominer.

Le parti des princes ne soccupait pas plus que celui de Mazarin des misèresquil occasionnait; il espérait se renforcer par larrivée dune armée de douzemille hommes que conduisait le duc de Lorraine . Cette armée vint en effet eteampa à Villeneuve-Saint-Gcorge. Le duc fut reçu à Paris par les princes fortsatisfaits de ce secours ; mais ils nen profitèrent pas, car bientôt après son ar-rivée, cette armée, en conséquence de laccommodement que ce duc fit avecMazarin , par lentremise du roi dAngleterre qui se trouvait alors en France ,reprit le chemin de la Lorraine . Cet événement affaiblit le parti des princes,mais ne les découragea point. Les Parisiens après dinutiles tentatives pouravoir la paix, décidèrent quon ferait des processions particulières et une pro-cession générale, dans lesquelles on porta les reliques des plus vénérées : lesmembres du parlement y assistèrent en robe rouge, et tout le corps de ville enhabits de cérémonie. Ces pompes religieuses nempêchaient point la continuationde la guerre.

Après avoir levé le siège dÉtampes , le maréchal de Tavanes et le prince deCondé conduisirent leur armée dans les environs de Paris , pendant que l arméecnyale campait à Saint-Denis . Les deux partis se livrèrent un combat sanglantdans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Denis . Le prince de Condé craignantque cette bataille neùt une issue funeste pour lui, forma le projet de sa retraite.Il voulut l'opérer par la ville de Paris ; il se présenta successivement aux portesde la Conférence, Saint-Honoré, Saint-Denis et Saint-Marcel, qui toutes lui furentfermées. La fille du duc dOrléans, qui intriguait alors dans Paris pour le princede Condé, parvint à lui faire ouvrir la porte Saint-Antoine, et à faire tirer surlarmée royale le canon de la Bastille. Cette attaque imprévue arrêta Turennedans sa poursuite, et sauva larmée du prince dune entière destruction.

Après avoir fait entrer son infanterie, le prince parut à la porte Saint-Antoine.Un des acteurs de ces scènes sanglantes parle ainsi de cette apparition : « U» centra dans Paris , dit-il, comme un dieu Mars, monté sur un cheval plein dé-» cume, la tète haute et élevée, tout fier encore de laction quil venoit de faire ;M il tenoit son épée à la main, tout ensanglantée du sang des ennemis, traver-» sant les rues au milieu des acclamations et des louanges quon ne pouvoit se dispenser de donner à sa valeur et à sa bonne conduite. »

Après le combat de Saint-Antoine, de part et dautre il périt près de troismille hommes, larmée du prince alla camper au faubourg Saint-Victor ; et celledu roi se relira à Montmorency et aux environs de Saint-Denis .

Le prince de Condé nomma Broussel prévôt des marchands, et le duc de Beau-fort gouverneur de Paris ; il forma un conseil de ville, composé dhommes dé-voués à sa personne; mais ces actes de souveraineté naugmentaient pas le fai-ble crédit quil conservait encore sur lesprit des Parisiens . Le parlement avaitenvoyé au roi, cest-à-dire à la reine-mère, une députation pour lui déclarerénergiquement que le salut de lÉtat dépendait de léloignement de Mazarin ;la cour, après plusieurs jours de délai, répondit que Mazarin serait renvoyé, si