les provinces les états provinciaux ; substitua, dans les premières, un maireroyal, et, dans les secondes, un intendant. Il opéra dans l’administration plu-sieurs autres réformes qui tendaient à faire disparaître tout ce qui aurait pugêner l’exercice de sa volonté suprême, et à établir la paix de la servitude.— En matière de galanterie, Louis XIV se montra aussi scandaleux que sonaieul Henri IV . Il eut un grand nombre de maîtresses, et ne s’en cachait point.Son ostentation fut excessive : jamais la France n’avait vu une cour aussi bril-lante, aussi fastueuse. Elle offrait une scène pompeuse où le roi, en habitsde caractère, jouait gravement le rôle principal, observait et faisait observer àla rigueur aux acteurs subalternes les règles prescrites à leurs différents per-sonnages. Les paroles, les costumes, les allures du corps : tout était mesuré,soumis aux sévères lois de l’étiquette; lois qui faisaient taire les affections, étouf-faient les sentiments de la nature, et commandaient la dissimulation ; lois parlesquelles le tyran sacrifie lui-même sa commodité à son amour-propre, consenta recevoir des fers pourvu que les autres en soit chargés.
Les palais de ses prédécesseurs ne furent ni assez vastes ni assez magnifiquespour lui. Il fit agrandir, réparer les anciens, et en fit construire de nouveaux.Ees frais de construction du seul château de Versailles surpassaient, dit-on, lasomme de douze cents millions.
Lorsque les courtisans aperçoivent dans leur maître une inclination vicieuse,ils mettent tout en œuvre pour la favoriser. Louis XIV fut enivré et non ras-sasié d’éloges. Les nombreuses médailles frappées en son honneur, les statues,les arcs de triomphe, leurs inscriptions, les rpüres, les satires même de Boileau ,les prologues des opéras de Quinault , et les ouvrages de mille écrivains subal-ternes, élevaient jusqu’aux cieux la gloire de ce monarque. — L’architecteMansard laissait quelques fautes grossières dans ses plans, exprès pour que ceroi eût le glorieux avantage de les reconnaître. — L’Académie française ne s'oc-cupait que de louer le roi ; celle des Inscriptions ne fut fondée, par Colbert , quepour composer des inscriptions, des emblèmes, des devises, etc., à sa louange.Les ministres fatiguaient leur imagination pour inventer quelques nouveauxaliments à l’orgueil insatiable du monarque, et tous leurs inférieurs imitaientleur exemple. Le prévôt des marchands de Paris voulut aussi, comme tantd’autres, faire sa cour au roi et caresser sa vanité aux dépens du public. Ilfonda, en 1684, une rente annuelle de 440 livres payables au recteur de l’Uni-versité, à condition que tous les ans, au 15 mai, en présence des échevins, ilprononcerait, bien ou mal, un panégyrique de Louis XIV . L’orgueil qui le domi-uait, lui inspira l’amour de la gloire militaire. Il fit la guerre, non pour obtenirla paix, mais pour recueillir des lauriers et des éloges. — Des fêtes, des specta-cles, des carrousels, des chasses, des constructions de palais, de châteaux, desguerres, des triomphes, des éloges continuels, des maîtresses, etc., occupèrentconstamment l’âge viril de Louis XIV .
La troisième époque de ce règne, qui n’est pas la plus brillante, est signaléepar des revers, des malheurs, des actes de persécution, par l’ennui, la satiété,l’impuissance et la dévotion. La passion de Louis XIV pour la gloire militairelui avait valu des conquêtes, et ces conquêtes avaient soulevé contre lui 1 Eu-