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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE HE PARIS

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rope entière. Ce roi alluma un vaste incendie dont il ne prévit point les suiteset ne put arrêter les progrès. Il continua, par nécessité, une lutte quil avaitcommencée par orgueil. On se battait sur tous les points des frontières; on sebattait depuis longtemps sur terre et sur mer. Les hommes et les finances com-mençaient à manquer.

Ce roi avançait en âge; ses sens, ses passions, lénergie quelles donnent,saffaiblissaient; sa raison^ quaucune connaissance so'ide navait fortifiée, restaitexposée aux illusions de lignorance, aux attaques de la séduction. La cour deRome, constante dans son projet dexterminer les protestants, épiait toutes lescirconstances favorables à son exécution, et cherchait à les mettre à profit. Ceprojet, signalé par une longue suite de troubles que cetle cour suscita en France ,par de nombreux massacres et assassinats, ses agents dévoués, les fidèlesjésuites , jouaient les principaux rôles, fut remis en vigueur sous lorgueilleuxet crédule monarque. Ses confesseurs, tous jésuites , et Louvois, qui, commetous les courtisans, affectionnait ces pères à cause de leur christianisme com-mode, et de leur morale très-relâchée, se concertèrent pour déterminer Louis XIV à révoquer l'édit de Nantes , édit qui accordait sûreté aux protestants, et jus-quà certains points le libre exercice de leur religion. Le père La Chaise,jésuite et confesseur de Louis XIV , avant de mourir, avait dit à ce roi : Pie prê-tiez jamais de confesseur jésuite ; ne me faites pas de questions, je ny répondraispas. Louis XIV , dédaignant cet avis salutaire, prit pour confesseur le père LeTellier, le plus acharné, le plus impitoyable des persécuteurs, qui porta le roià des actes tyranniques, à des cruautés qui déshonorèrent les dernières annéesde son règne. La lévocation de lédit de Nantes fut le prélude de cette per-sécution.

Lignorance de Louis XIV fut un trésor pour les jésuites : ces pères en pro-fitèrent pour accroître leur puissance et leurs richesses, pour le disposer àservir leurs vengeances, pour lui donner de fausses idées sur la religion, et luiinspirer des superstitions puériles quon pardonnerait à peine à dignorantesvillageoises. Saint Simon assure que ce roi était, par des vœux laïques, affilié àlordre des jésuites. Ces pères lui persuadèrent aussi que les persécutions quilavait exercées contre les protestants et les jansénites étaient des actions fortagréables à Rieu, qui ne manquerait pas de len récompenser. Toutefois, au lieude récompenses, Louis XIV éprouva dans sa famille des pertes douloureuses,dans ses armées des revers déplorables, dans ses finances une disette extrême.Il fut craint, trompé par les princes et par les courtisans, haï par le peuple,dont, pour satisfaire à sa vaine gloire, à ses folles dépenses de guerre et deconstructions, à lentretien magnifique de ses maîtresses, de ses bâtards et deses joueurs, il avait si abondamment arraché la subsistance et versé le sang.Dans cet état dadversité et dabaissement, on dit que Louis XIV , apprenant laperte de la bataille de Ramillies, donnée en 1705, fit cette étrange exclama-tion : Dieu a donc oublié tout ce que jai fait pour lui! Ce prince, rassasié detoute espèce de jouissances, ne pouvant sen procurer de nouvelles, se trouvait,au milieu de sa cour brillante, cérémonieuse et dévote, accablé sous le poidsdun ennui dont rien ne pouvait le soulager. Il mourut le 1 er septembre 1715,