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Au quinzième siècle, les soldats invalides vivaient d’aumônes, de brigandage,ou se plaçaient dans les châteaux de quelques seigneurs en qualité de moites-paies, y étaient nourris en contribuant à la garde de ces forteresses; ou bien leroi leur accordait des places de religieux lais dans les abbayes et prieures duroyaume. Henri IV fut le premier roi de France qui essaya de réparer cette in-justice; il plaça dans l’hôpital de l’Oursine ou de la Charité-Chrétienne, qu’avaitinstitué Nicolas Ilouel, des officiers et soldats blessés à son service; et, par sesédits des années 1597 et 1604, il les mit en possession de cet hôpital, pour y êtrelogés, nourris et médicamentés. Louis XIII , comme je l’ai dit, plaça, en 1634, desinvalides à Bicétre, qu’il érigea en commanderie de Saint-Louis. Louis XIV , quifit un plus grand nombre d’invalides que ses prédécesseurs, sentit le besoin deconstruire de plus vastes bâtiments pour les loger. Il fit acheter un emplacementconvenable; et, par arrêt de son conseil du 12 mars 1670, il assigna des fondsnécessaires aux frais de construction et à la dotation de cet établissement. Le30 novembre 1670, ori commença les fondations. En 1674, l’édifice était déjà enétat d’être habité par les officiers et les soldats. Au mois d’avril de cette dernièreannée, le roi, par un édit, déclare l’objet de cet établissement, lui donne desrèglements, le qualifie d7 lôte! royal des Invalides ; établit, pour directeur et ad-ministrateur général, le secrétaire d’F.tat chargé du département de la guerre, quichaque mois devait présider un conseil, et gratifie cet hospice de plusieurs pré-rogatives, privilèges et exemptions. Par son édit de février 1701, il créa troisreceveurs généraux des Invalides .
On commença, en 1675, la construction de l’église. Cet édifice, et le dômefiui est placé à la suite, ne furent achevés qu’après trente ans de travaux.Libéral Bruant fournit les dessins de l’église et de l’hôtel, et Jules Hardouin Mansard continua les travaux et fournit seul les dessins du dôme. En se confor-mant à la destination de cet établissement, ses bâtiments n’auraient dû qu êtrecommodément distribués, solides et simples : on construisit un palais magni-fique. Les étages les plus sains, les plus spacieux, furent destinés à la salle duconseil, au gouverneur, à l’état-major, etc. Les invalides, pour lesquels lamaison était fondée, furent logés dans les combles. L’accessoire l’emporta sur•c principal.
Une esplanade plantée d’arbres s’étend depuis la grille des Invalides jusqu aufiuai de la Seine . Elle est décorée de pièces de gazon et d’une fontaine monu-mentale, sur laquelle on avait, sous le gouvernement de Bonaparte , placé le lionde Saint-Marc de Venise. L’esplanade, dont on a presque entièrement, dansl’hiver de 1818 à 1819, renouvelé les arbres, et qui est embellie par un pontrécemment construit à l’extrémité de la route qui partage cette esplanade, annoncemajestueusement l’édifice, où l’on arrive par une cour extérieure, entourée d’unegrille et de fossés revêtus en maçonnerie. Cette cour est munie de pièces decanon.
La façade a cent toises d’étendue ; elle est divisée en quatre étages et percéede cent trente-trois fenêtres, sans compter celles des mansardes. Au centre estla porte surmontée d'une forme cintrée, où l’on voyait un bas-relief représen-fant Louis XIV à cheval, entouré, comme le soleil, des douze signes du zorlia