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ses talents extraordinaires. Cet artiste était un de ceux qui avaient envoyé undessin pour la façade du Louvre. Colbert voulant l’attirer à Paris , détermina leroi à lui adresser, par un courrier extraordinaire, une lettre excessiveim nt flat-teuse. Le cavalier Rernin se rendit aux prières et aux offres brillantes deLouis XIV . L’ambassadeur de France alla en grande cérémonie chez cet artistel’inviter à partir pour Paris . On lui donnait trois mille louis d’or par an, sixmille livres pour son fils, autant au sieur Mathias, son élève, et des sommesproportionnées à tous ses domestiques. La réception si magnifique et si extraor-dinaire qu’on fit partout à cet artiste, les libéralités qu’on lui prodigua le firentconsidérer comme un être merveilleux et doué d’un génie sublime. Mais dèsqu’il eut fait paraître quelques-unes de ses productions, on conçut de ses ta-lents une opinion bien moins favorable : il ne put soutenir sa réputation. Sonplan du Louvre offrait plusieurs inconvenances. Colbert commençait à sentirqu’il s’était trompé; mais, après avoir donné tant de témoignages de vénérationaux talents de Bernin, il n’osait faire éclater son mécontentement : il laissa allerles choses.
Le 17 octobre 1665, le roi posa avec une pompe extraordinaire la premièrepierre de la façade du Louvre. Il fallut démolir ce qu’avait élevé Leveau, et re-construire sur de nouveaux frais d’après les dessins du cavalier Bernin; maisles projets de Bernin étoient loin d’être goûtés; on désirait se débarrasser decet artiste, Ton ne savait quel expédient prendre. Le cavalier Bernin tiralui-même le roi et le ministre d’embarras, en demandant à s’en retourner dansson pays. La veille de son départ, le ministre lui fit porter par Charles Perrault trois mille louis d’or, un brevet de douze mille livres de pension annuelle, etun autre de douze cents livres pour son fils. Il partit. Il ne s’agissait plus quede choisir entre le dessin de Leveau et celui de Claude Perrault . Ce dernier em-porta les suffrages. Il fallut encore abattre pour reconstruire. Mais cette fois onconstruisit pour ne plus démolir. Colbert , pressé de faire jouir le roi ; mit touten œuvre pour hâter les travaux. On avait déjà, comme je l’ai dit, fait défendreaux propriétaires de cette ville de bâtir sans la permission du roi, un nouveaumoyen fut employé pour que les ouvriers eussent plus de temps à donner auxtravaux du Louvre. Colbert obtint, en 1666, de l’archevêque de Paris , la sup-pression de plusieurs fêtes, suppression qui fit naître de nombreuses plaintes enprose et en vers.
La façade principale du Louvre, commencée en 1666, sur les dessins deClaude Perrault fut terminée en 1670. Parmi les moyens employés pour élevercette façade, on doit citer la machine composée par Ponce Cliquin, habile char-pentier, machine que Claude Perrault a fait graver dans sa dernière édition deVitruve . Cette machine était destinée à élever à la hauteur du fronton deuxpierres qui devaient le couvrir et former la cymaise. Chacune de ces pierres avait54 pieds de long sur 8 de large, et 18 pouces d’épaisseur, et provenait d’un seulbloc scié en deux, et tiré des carrières de Meudon .
Cette façade a 525 pieds d’étendue. Cette longueur se compose de trois avant-corps : deux aux extrémités, et un au centre, où se trouve l’entrée principale.Les deux intervalles que laissent ces ti'ois avant-corps sont occupés par deux