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chargé de la construction des maisons qui devaient l’entourer, Ces bâtimentsn’étaient encore que commencés, lorsque, le 18 mars 1686, le duc de La Feuil-lade, ayant fait exécuter par d’habiles artistes un groupe représentant la figureen pied de Louis XIV couronné par la Victoire, fit célébrer l’inauguration de cemonument. Au son de la musique militaire, au bruit des salves d’artillerie, futconsacré le groupe érigé à la gloire de Louis XIV . On brûla de l’encens aux piedsde l’idole; on fit des génuflexions devant elle; et l’on grava en lettres d’or, sur lepiédestal, cette inscription : Viro immortali , à l’homme immortel.
La place des Victoires est peu spacieuse ; les bâtiments qui l’entourent, unifor-mément décorés, présentent un rez-de-chaussée composé de portiques à refend,qui servent de soubassement à une ordonnance de pilastres doriques. Le monu-ment, qui en occupait le centre, était l’ouvrage de Desjardins : il se composaitd’un piédestal de marbre chargé d’inscriptions adulatrices, et de quatre bas-reliefsreprésentant la conquête de la Franche-Comté , le passage du Rhin, la préséancede la France sur l’Espagne , et la paix de Nimègue . Aux quatre angles du piédestalon voyait quatre figures colossales d’esclaves ou de prisonniers enchaînés. Cesfigures en bronze étaient remarquables par la vérité de leur expression. Sur cepiédestal s’élevait un groupe doré de deux figures; celle de Louis XIV en pied,vêtu des habits de son sacre, et foulant à ses pieds le Cerbère, figure allégoriquede la triple alliance. Derrière la figure du roi était celle de la Victoire, posantau-dessus de la tête de Louis XIV une couronne de laurier. Quatre fanaux éclai-raient pendant la nuit le groupe de Louis XIV .
Un arrêt du conseil, du 20 avril 1699, porte que les quatre fanaux ne serontplus allumés; après la mort du roi, un autre arrêt du conseil, du 23 octobre1717, ordonna la démolition de ces fanaux. On attribue cette mesure à un distiquegascon qui fut affiché sur le piédestal du monument; l’auteur, faisant allusion ausoleil que Louis XIV avait pris pour emblème, dit :
La Feuillade, sandis, jé crois qué tu mé bornes,
Do placer lé soleil entré quatré lanternes.
La municipalité de Paris fit enlever les figures d’esclaves à l’occasion de la fêtede la fédération du 14 juillet 1790; on les plaça dans une cour du Louvre, où onles a vues longtemps : elles furent depuis transférées à l’Hôtel des Invalides , dontelles décorent la façade. Enfin, la statue du roi fut abattue en août 1792.
On y substitua, en 1793, une pyramide en bois, portant sur ses faces les nomsdes départements et ceux des hommes morts à la journée du 10 août 1792; laplace reçut alors le nom de Place clés Victoires nationales. Le 27 septembre 1800,Bonaparte, premier consul, posa en cérémonie la première pierre d’un monu-ment qui ne fut pas exécuté, et qui devait être consacré à la mémoire des géné-raux Kléber et Desaix, morts le même jour. En 1806, on construisit un piédestalpour recevoir la statue du général Desaix. Cette statue colossale fut exécutéeen bi’onze sur les dessins du sieur Dejoux. Elle représentait le général tout nu.Pour faire disparaître cette inconvenance, on enveloppa le monument de char-pente. Il est resté dans cet état jusqu’en 1815, époque où la statue fut enlevéepar ordre de la cour. On y a substitué une statue équestre en bronze, représeu-