465
SOUS LOUIS XIV .été bâti, de faire reconstruire les façades que l’on voit encore, et de les acheveravant le 1 er octobre 1701 : ce qui fut ponctuellement exécuté. Cette place futalors nommée Place des Conquêtes. Quand on y eut placé la statue équestre deLouis XIV , on voulut lui donner le nom de Place de Louis-le-Grand, et, pendantla Révolution, celui de Place des Piques ; mais le vulgaire, lui continuant la déno-mination de l’hôtel qu’elle remplaçait, l’appela constamment Place Vendôme , etce nom a prévalu.
Le plan de cette place est un carré équilatéral, dont les angles sont à panscoupés. Les bâtiments qui l’entourent ont des façades uniformes; les rez-de-chaussée présentent une décoration d’arcades à refend, formant soubasse-ment à une ordonnance de pilastres corinthiens; ces façades sont aussi, à leurcentre, décorées d’avant-corps, avec colonnes et frontons. Au milieu de celleplace fut érigée, en 1699, la statue équestre en bronze de Louis XIV , statueexécutée d’après les dessins de François Girardon , et fondue, le 1 er décembre1692, par J. Balthazar Keller , habile fondeur. Elle est le premier exemple d’unouvrage d’une aussi grande dimension coulé en fonte d’un seul jet. Cette statueéquestre avait 22 pieds de hauteur, et son piédestal 30 ; l’ensemble du monu-ment était donc de 52 pieds d’élévation au-dessus du sol. On employa à cettestatue 70 milliers de métal.
Lorsque celte statue fut érigée, les impôts excessifs dont Louis XIV accablaitles Français pour subvenir aux frais de ses guerres, de son luxe et de ses bâti-ments, excitèrent un mécontentement général; de plus Paris était tourmenté pardes disettes fréquentes et par des maladies qui en sont les suites ordinaires.Louis XIV , présent à l’inauguration de la statue, ne put s’empêcher de désap-prouver les dépenses excessives que la ville faisait en cette cérémonie, dans untemps de disette. Le duc de Bourgogne refusa d’y assister, et dit à son épouse quile pressait de s’y rendre : Comment se réjouir, quand le peuple souffre ? On sepermit alors contre Louis XIV une singulière épigramme : on plaça sur les épaulesde sa statue une grande besace. C’était traiter ce roi d’orgueilleux et de men-diant. Le 18 août 1792, cette statue, ainsi que toutes celles des rois, fut abattue.En 1’ an 1806 on commença à élever à sa place un monument d’un autre genre,dont je parlerai dans la suite.
place des victoires , où viennent aboutir les rues Croix-des-Petits-Champs,Neuve-des-Petits-Champs, de La Feuillade, Vide-Gousset, des Fossés-Mont-martre et du Petit-Reposoir.
François, vicomte d’Aubusson , duc de La Feuillade, pair et maréchal deFrance, entraîné par une admiration fanatique pour la grandeur de Louis XIV ,voulut laisser à la postérité un monument durable de son zèle. Il fit d’abordsculpter la figure en marbre et en pied de Louis XIV , qu’il se proposait deplacer dans un lieu très-apparent; mais bientôt cet hommage lui sembla in-digne de son objet. En 1684, il acheta l’hôtel de La Ferté-Sénectère, occupantun emplacement vaste et isolé; il le fit entièrement démolir, pour y construireune place publique. La ville de Paris voulut participer à cette œuvre; elleacheta l’hôtel d’Émeri, dont l’emplacement contribua à l’agrandissement de laplace, et par acte du 12 septembre 1685, un architecte, appelé Predot, fut
59