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SOUS LOUIS XIV .quelles je n’ai point de notions. Ces lettres, malgré leur ton sévère, ne produisi-rent pas plus d’effet que les arrêts du parlement.
Cette cour, toujours fatiguée par les plaintes continuelles qu’elle recevait surles vols qui se faisaient de jour et de nuit dans Paris et ses environs, manda leslieutenants civil et criminel, et autres officiers du Châtelet, qui comparurent le9 février 1657. Ces magistrats, interrogés sur les causes de ces désordres, ré-pondirent ‘qu’il leur était impossible de les empêcher, à cause du peu de gage deleurs archers, gages qui n étaient que de trois sous et demi par jour, comme du tempsdu roi Jean, lesquels n’étaient encore entièrement payés. Enfin le Parlement dit auxofficiers du Châtelet qu’il y pourvoirait; mais il ne s'e pressa pas d’y pourvoir,comme on le verra bientôt, et le mal continua.
La tranquillité de Paris et la sûreté de ses habitants étaient encore compro-mises par le brigandage des soldats indisciplinés et mal payés. Le l"’ avril 1659,la substitut du procureur général se plaignit au Parlement des désordres queles soldats du régiment des gardes commettaient dans Paris et les environs : « Us « pillent, ils volent, dit-il, ouvertement à toute heure dans cette ville et ses fau-« bourgs, sur les avenues et villages circonvoisins, même vendent publique-« ment les meubles pillés et volés. »
Toutes les mesures prises par le roi et par le parlement contre les insolencesdes pages et laquais contre ceux qui arrêtaient l’action de la justice, contre lesvoleurs et les assassins dont Paris était rempli, devenaient inutiles. Depuis long-temps on s’apercevait de l’inefficacité du remède, inefficacité qui autorisait lemal et faisait mépriser la magistrature ; personne n’imaginait, d’en proposer unnouveau, tant on était aveuglé par le respect porté aux institutions anciennes etaux vieilles habitudes. Les désordres continuèrent. Pour donner une idéecomplète de l’état de Paris à cette époque, il convient de parler d’autres per-turbateurs que l’on peut diviser en deux classes : la première en pauvres validesou mendiants de profession; la seconde en vagabonds, gens sans aveu, filous,dont plusieurs demandaient l’aumône l’épée au côté et souvent la main sur lagarde.
cours des miracles. On nommait ainsi les repaires des mendiants et desfilous, parce qu’en y entrant ils déposaient le costume de leur rôle. Les aveuglesvoyaient clair, les boiteux étaient redressés, les estropiés recouvraient l’usage detous leurs membres, etc. ; chacun revenait dans son état naturel.
La plus fameuse de ces cours, et qui porte encore le nom des Miracles (1), ason entrée dans la rue Neuve-Saint-Sauveur, et est située entre le cul-de-sac del’Étoile et les rues de Damiette et des Forges. Voici la description qu’en donne
(I) Ces cours des Miracles étaient nombreuses à Paris . Voici celles qu’indique Sauvai :
La cour du roi François, située rue Saint-Denis, n° 328; la cour Sainle-Catlierine, rue Saint-Denis, n" 313 ; la cour Brisset, rue de la Mortellerie, entre les rues Pernello et de Longpont; la courGentien, rue des Coquilles; la cour de la Jussienne, rue de la Jussienne, n° 23; cour et passagedu marché Saint-Honoré, entre les rues Saint-Nicaise, Saint-Honoré et de l’Échelle. D’autres coursont conservé longtemps ou conservent encore leur nom caractéristique ; telles sont : La cour des Mi-racles, rue du Bac, no C3 ; cour des Miracles, rue do Rcuilly, n" 81, quartier dos Quinzc-Vingts;passage et cour des Miracles de la rue des Tournelles, n" 26, et du cul-de-sac de Jean-Beausire,n ” 21, quartier du Marais. Il s’en trouvait aussi au faubourg Saint-Marcel et à la butte Saint-llocli.