SOIS LA CONVENTION.
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leur. Pendant quatorze mois, il opprima cruellement les habitants de la France ,et en fit périr un très-grand nombre. A Paris seulement on abattait par jourtrente, quarante ou soixante tètes. Enfin la journée du 9 thermidor an n (27 juil-let 1794) vit tomber ce tyran et ses complices.
A la désolation générale, aux souffrances, aux alarmes succéda la joie la plusvive : les nombreuses prisons s’ouvrirent; l’instrument de mort s’arrêta. LaConvention, libre et tranquille, fut bientôt troublée par les manœuvres desl'actions étrangères. Elle sortit victorieuse des journées du 12 germinal, des 2et 3 prairial et du 13 vendémiaire; elle donna une constitution à la France ; etle 23 brumaire an iv, ou le 26 octobre 1795, elle termina sa session.
L’Assemblée conventionnelle, en guerre contre tous les États de l’Europe , enguerre contre les Français de quelques provinces de l’ouest, au milieu de latourmente dont une grande partie de ses membres et trop de Français furentvictimes, ne laissa pas d’encourager les sciences, les arts utiles, les arts d’agré-ment, et de fonder des établissements publics d’une haute importance (1). Aupremier rang des actes utiles de cette assemblée, on doit placer l’améliorationdes hôpitaux de Paris .
(1) Le rapport fait, en l’an ni, par le savant Fourcroy , au nom du comité de salut public, sur lesarts qui ont servi à la défense de la république, me fournit les passages suivants :
« En neuf mois, douze millions de livres de salpêtre remplissent les magasins de la république ,“ tandis qu’avant la Révolution, à peine chaque année voyait-elle un million de sel sortir de quelques» points de son sol. — 11 n’y avait dans toute la république qu'une seule fabrique d’armes blan-» cites , à Klingensllial... 11 s’est formé un grand nombre d’ateliers où l’on fabrique aujourd’hui la“quantité d’armes nécessaire. — La Franco avait, jusque-là, été tributaire des nations voisines» pour la fabrication de l’acier. L’Angleteire et l’Allemagne lui en fournissaient dans les temps“ ordinaires pour environ quatre millions par an. Plusieurs manufactures sont élevées dans des“ lieux où cet art était inconnu. — Les ateliers où l’on fond le canon se sont multipliés : le cuivre tiré“ des cloches sert à l’armement des vaisseaux. L’art de couler les canons de 1er fondu a fait établir» un grand nombre d’usines et de fonderies. — Les pièces de canon, dont la lumière était évasée par“ le tir fréquent, étaient transportées à grands frais dans nos arsenaux. On inventa l’art de placer» des grains de lumière dans les parcs d’artillerie et au milieu même de nos camps.
» La machine aérostatique est devenue un instrument de guerre.— Le télégraphe, nouveau cour-» lier révolutionnaire. — Les lunettes achromatiques et l’art de fabriquer le flintglass occupent» aussi le comité de salut public. — La Fiance tiraiL à grands frais du nord de l’Europe les bois, les“ chanvres et le goudron. A l’aide d’une nouvelle industrie, son sol oifre presque toutes les ressour-11 ces nécessaires à ce genre de travaux.
» Conseil des mines organisé. — Etablissement à Mcudon. — Aux moyens de multiplier le salin» et la potasse par l’incinération des herbes, on ajouta ceux de se procurer de la soude. —■Fabrication» de savon. — Fabrication de crayons de mine de plomb. — L’F.c„le centrale, dite Polytechnique .“ — École normale. — Trois Écoles de Santé . •— L:i Commission </’ Agriculture . — Les poids et» mesures. — L’achat des chaussures de tous les citoyens de la république, eu ne portant qu’a deux» paires de souliers la consommation de chaque individu, forme une dépense annuelle d’un milliard.“ —Nos armées en dépensent pour 140,000,000. 11 faut, pour tous les citoyens de la république,» quinze cent mille peaux de bœufs, douze cent vingt mille peaux de vaches , dix millions de peaux” 6e veaux. Pour nos armées, il faut cent soixanle-dix mille peaux de bœufs, cent mille peaux de va-» elles, un million de peaux de veaux. — L’art du tannage était lent. Le sieur Séguin découvrit un“ procédé par lequel, en peu de jours, on peut tanner les peaux les plus fortes, qui exigent ordinui-» rement des années de préparation. Une manufacture de tannage fut établie à Sèvres par le sieur“ Séguin, et autorisée par le gouvernement. »
Je n’ajouterai au îécit du savant Fourcroy que quelques nouveaux faits :
lé uniformité des poids et mesures. Plusieurs capitules et ordonnances des rois avaient prescritcette uniformité, sans pouvoir l’exécuter. L’Assemblée conventionnelle , par un décret du P' 1 août1793, ordonna cette conformité, et, par son décret du 18 germ.nal an ni ( 7 avril 17!i5) fixa l’époqueoù elle deviendrait obligatoire. C’est au savant Prieur ( de la Côte-d’Or ) qu’est dù cet immense Ira-