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SOUS LOUIS-PHILIPPE I ".en criant : Mort aux Ministres ! Cependant les troupes et la garde nationale tin-rent tête à l’émeute, et parvinrent à la comprimer. Le soir de ce même jour,le jugement qui condamnait les ministres à la prison perpétuelle fut rendu. Lanuit, des feux furent allumés dans les rues et sur les places publiques ; des postesnombreux maintinrent l’ordre. Le lendemain, il y eut encore des démonstrationspopulaires et des protestations contre l’arrêt, trouvé trop clément, de la Courdes Pairs; mais le gouvernement avait pris des mesures, et l’insurection, qu’onavait vue près d’éclater, fut contenue rigoureusement.
Le 14 février 1831 était l’anniversaire de la mort du duc de Berry : les légiti-mistes résolurent de faire célébrer un service religieux commémoratif. La céré-monie eut lieu à Saint-Germain. On sut bientôt dans le public que les partisans dela monarchie déchue avaient saisi cette occasion pour faire des démonstrationspolitiques en faveur du duc de Bordeaux . Le peuple se porta en foule à Saint-Germain-l’Auxerrois, puis mit au pillage l’église et le presbytère. Le lendemainles mêmes dévastateurs se rendirent à l’Archevêché et le démolirent presque defond en comble; les meubles furent brisés, les objets d’art détruits et les livresde la bibliothèque jetés à la Seine . Quelques détachements de gardes nationauxs’étaient réunis à Notre-Dame , mais ils furent impuissants à arrêter le désordre.En même temps on effaça les fleurs de lis sur tous les monuments et on abattitles croix sur toutes les églises de la capitale.
Presque chaque mois était marqué par quelque émeute. Le 16 avril, à l’occa-sion de la distribution de la croix de Juillet, une foule furieuse avait envahila place Vendôme , d’où elle fut chassée par le général Lobau au moyen depompes à incendie. Le 14 juillet, les républicains essayèrent de planter unarbre de la liberté sur la place de la Bastille , et il fallut l’intervention des soldatspour empêcher la mise à exécution de ce projet. Enfin, le 15 septembre, onapprend la capitulation de Varsovie ; aussitôt apparaissent sur plusieurs points dela ville des groupes menaçants; le lendemain on essaya d’élever des barricades,et l’on pilla des magasins d’armuriers; mais cette émeute n’eut pas de suitesdésastreuses.
En 1832 la tranquillité publique fut compromise encore plus gravement quel’année précédente. Le 4 janvier, vers les cinq heures du soir, on entendit tout àcoup sonner le bourdon de la cathédrale; c’était un appel d’insurrection; les indi-vidus qui venaient de faire ce sinistre appel furent arrêtés sur-le-champ; enmême temps les gardes municipaux éteignaient un incendie qui, s’il eût pu sedévelopper, allait détruire un des monuments les plus vénérés et les plus remar-quables de la capitale.
Ce n’était pas le parti républicain seulement qui travaillait à la destructiondu nouveau gouvernement. Les légitimistes organisaient aussi une vaste conspi-ration. Les meneurs du complot distribuaient de l’argent dans le peuple, entre-tenaient des intelligences dans plusieurs régiments de la garnison de Taris, et sedonnaient pour chefs des personnes très-haut placées dans l’ancienne cour. Lesforces du parti légitimiste présentaient un effectif de 2500 à 3000 hommes. Onsavait que le roi donnerait un grand bal aux Tuileries dans la nuit du 1 er au2 février ; les conspirateurs résolurent de pénétrer cette nuit-là dans le palais, au