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moyen de fausses clefs qu’ils s’étaient procurées, et d’enlever la famille royale, àla faveur du tumulte que ferait naître leur présence. Les chefs avoués du com-plot, à la tête desquels se trouvait un ouvrier du nom de Poncelet, se réunirentce même jour, pour se concerter, chez un restaurateur de la rue des Prouvaires.C’est là qu’ils furent arrêtés. 11 s’était formé quelques rassemblements qui furentfacilement dispersés.
Sur la fin du mois de mars, il éclata à Paris un fléau non moins terrible que laguerre civile. Un cas de choléra-morbus fut constaté sur un individu qui habitaitla rue Mazarine. L’épidémie se développa, avec une rapidité et une force extraor-dinaires, dans les quartiers Saint-Antoine, Saint-Jacques et Saint-Honoré, etbientôt envahit la ville entière. Toute la population était frappée de terreur. Lamunicipalité s’occupa d’assainir les quartiers populeux, refit le pavage des rues,et multiplia les bornes-fontaines. Les victimes du fléau augmentant continuelle-ment, on établit des ambulances et des bureaux de secours auxquels étaientattachés des médecins et des pharmaciens. Les gens riches, les députés et lespairs de France avaient quitté Paris : la famille royale resta au palais, et donnal’exemple du courage. On fit courir le bruit que le choléra avait pour cause desempoisonnements publics : les gens du peuple, dans leur grossière et brutaleignorance, massacrèrent plusieurs personnes qu’ils soupçonnaient, sur les appa-rences les plus futiles, d’être les auteurs de ces prétendus empoisonnements.Le choléra sévit pendant 189 jours, et le chiffre des décès s’éleva quelquefoisjusqu’à 1,100 par jour. Les documents officiels portent à 18,000 le nombre desvictimes de cet épouvantable fléau.
Les funérailles du général Lamarque, un des représentants les plus éloquentsdu parti démocratique à la chambre des Députés, furent l’occasion de l’insur-rection la plus terrible et la plus sanglante qu’ait eu à combattre la royauté deJuillet. Le 5 juin était le jour où l’on devait rendre les derniers honneurs àl’illustre général. Tous les membres des sociétés secrètes et les écoles s’étaientréunis pour cette solennité. Une foule immense encombrait la rue Saint-Honoréoù était située la maison mortuaire. Des jeunes gens s’attelèrent au char funèbre;le cortège traversa la longue ligne des boulevards au milieu des cris et dutumulte, et s’arrêta non loin du pont d’Austerlitz. On avait préparé dans ce lieuune estrade d’où furent prononcés plusieurs discours. Bientôt une lutte entreles troupes et les insurgés s’engagea sur le boulevard Bourdon et se propagearapidement sur tous les points de la capitale. Les républicains élevèrent enhâte des barricades et s’emparèrent des postes principaux. La rue Saint-Martindevint le centre de leurs opérations; le soir ils regardaient déjà le succès commepresque certain. Mais le gouvernement fit venir des régiments de Saint-Denis et de Courbevoie , et appela à son aide la garde nationale de la banlieue ; pen-dant la nuit la plupart des postes occupés par les insurgés furent repris. Lesaffaires les plus meurtrières eurent lieu vers le passage du Saumon et près duPetit-Pont de l’flôtel-Dieu. Le lendemain, 6 juin, les lanciers dégagèrent la PorteSaint-Martin, et bientôt la circulation fut libre sur les boulevards, depuis la Made leine jusqu’à la Bastille. Soixante insurgés postés au cloître Saint-Méry et défen-dus par d’épaisses barricades, soutinrent avec un courage désespéré, pendant