DU COMMERCE ET DU LUXE. I 47
il y eût en France deux hommes capables de composerun tel livre. Cependant il y a bien des erreurs dansce bon ouvrage : tant le chemin vers la vérité est dif-ficile. II est bon de relever les méprises qui se trouventclans un livre utile ; ce n’est même que là qu’il lesfaut chercher. C’est respecter un bon ouvrage que dele contredire ; les autres ne méritent pas cet honneur.
Voici quelques propositions qui ne m’ont pointparu vraies.
I. II dit que les pays où il y a le plus de mendiansfont les plus barbares. Je pense qu'il n’y a point deville moins barbare que Paris, & pourtant où il y aitplus de mendians. C’est une vermine qui s’attachcàlarichesse; les fainéans accourent du bout du royaumeà Paris, pour y mettre à contribution l’opulence &la bonté. C’est un abus difficile à déraciner, mais quiprouve seulement qu’il y a des hommes lâches , quiaiment mieux demander saumoné que de gagnerleur vie. C’est une preuve de richesse Sc de négligence,8c non point de barbarie.
II. II répète dans plusieurs endroits que l’Espagneserait plus puissante fans l’Amérique. Il se fonde surla dépopulation de l’Espagne, Sc sur la faiblesse où ceroyaume a langui long-temps. Cette idée que l’Amé-rique affaiblit l’Espagne se voit dans près de centauteurs : mais s’ils avaient voulu considérer que lestrésors du nouveau monde ont été le ciment de lapuissance de Charles-Çhiint , Sc que par eux Philippe IIaurait été le maître de l’Europe, si Henri le grand ,ElifabethScies princes à'Orange n’eussentété des héros,ces auteurs auraient changé de sentiment. On a cru
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