DES DELITS ET DES PEINES. 2Z I
Dès Tannée 1652 une paysanne du petit territoirede Genève, nommée Michelle Chaudron, rencontra lediable en sortant de la ville. Le diable lui donna unbaiser, reçut son hommage , 8c imprima sur sa lèvresupérieure 8c à son teton droit, la marque qu’il acoutume d’appliquer à toutes les personnes qu’ilreconnaît pour ses favorites. Ce sceau du diable estun petit seing qui rend la peau insensible, commeTaffirment tous les jurisconsultes démonographes dece temps-íà.
Le diable ordonna à Michelle Chaudron d’enforcelerdeux filles. Elle obéit à son seigneur ponctuellement.Les parens des filles l’accusèrent juridiquement dediablerie. Les filles furent interrogées 8c confrontéesavec la coupable. Elles attestèrent qu’elles sentaientcontinuellement une fourmillière dans des parties deleur corps , 8c qu’elles étaient possédées. On appelales médecins, ou du moins ceux qui passaient alorspour médecins. Ils visitèrent les filles. Ils cherchèrentfur le corps de Michelle le sceau du diable, que leprocès-verbal appelle les marques Jataniques. Ils yenfoncèrent une longue aiguille, ce qui était déjàune torture douloureuse. II en sortit du sang , 8eMichelle fit connaître par ses cris que les marquessataniques ne rendent point insensible. Les juges nevoyant point de preuve complète que Michelle Chaudronfût sorcière, lui firent donner la question , qui produitinfailliblement ces preuves : cette malheureuse, cédantà la violence des tourmens , confessa enfin tout cequ’on voulut.
Les médecins cherchèrent encore la marque sata-nique. Ils la trouvèrent à un petit seing noir sur une
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