Des crimes et des chatimens. 269
•Ouelques - unes ont été dictées chez les grandesnations par les puiffans pour écraser les faibles.Elles ont été si équivoques que mille interprètes sesont empressés de les commenter ; 8c comme la plupartn’ont fait leur glose que comme on fait un métier ,pour gagner quelque argent , ils ont rendu le com-mentaire plus obscur que le texte. La loi est devenueun poignard à deux tranchans qui égorge égalementi’innocent 8c le coupable. Ainsi ce qui devait être lasauvegarde des nations en est si souvent devenu lefléau , qu’on est parvenu à douter fi la meilleure deslégislations ne serait pas de n’en point avoir.
En effet, si on vous fait un procès dont dépend votrevie, qu’on mette d’uti côté les compilations desBarioles , des Cujas Scc. que del’autre on vous présentevingtjugespeu savans , mais qu’ils soient des vieillardsexempts des passions qui corrompent le cœur, au-dessus du besoin qui savilit, 8c accoutumés auxaffaires dont l’habitude rend presque toujours le sensdroit ; dites-moi par qui vous choisiriez d’être jugé,ou par cette foule de babillards orgueilleux, austiintéressés qu’inintelligibles, ou par ces vingt ignoransrespectables ?
Après avoir bien senti la difficulté presque insur-montable de composer un bon code criminel , égale-ment éloigné de la rigueur 8c de Findulgence , je disà ceux qui entreprendront cette tâche pénible : Jevous supplie , Messieurs , de m’éclairer fur les délitsauxquels la misérable nature humaine est le plussujette. Un Etat bien policé ne doit-il pas les pré-venir autant qu’il est possible , avant de penser à lespunir ?