278 DU MEURTRE.
Vous qui travaillez à réformer ces lois , voyezavec le jurisconsulte M. Beccaria, s’il est bien rai-sonnable que pour apprendre aux hommes à détesterl’homicide, des magistrats soient homicides, 8c tuentun homme en grand appareil.
Voyez s’il est nécessaire de le tuer quand on peutle punir autrement, 8c s’il faut gager un de voscompatriotes pour massacrer habilement votre com-patriote, excepté dans un seul cas; c’est celui oùil n’y aurait pas d’autre moyen de sauver la vie duplus grand nombre. C’est le cas où l’on tue unchien enragé.
Dans toute autre occurrence, condamnez le cri-minel à vivre pour être utile ; qu’il travaille conti-nuellement pour son pays , parce qu’il a nui à sonpays. II faut réparer le dommage, la mort ne réparerien.
On vous dira peut-être : 55 M. Beccaria se trompe ;>î la préférence qu’il donne à des travaux pénibless? 8c utiles, qui dureront toute la vie, n’est fondée55 que fur l’opinion que cette longue 8c ignominieuse55 peine est plus terrible que la mort qui ne se fait55 sentir qu’un moment. On vous soutiendra que55 s’il a raison, c’est lui qui est le cruel; 8c que le55 juge qui condamne à la potence, à la roue, aux55 flammes, est l’homme indulgent. 55
Vous répondrez, fans doute, qu’il ne s’agit pasici de discuter quelle est la punition la plus douce,mais la plus utile. Le grand objet, comme nousl'avons dit, est de servir le public : 8c sans doute ,un homme dévoué pour tous les jours de fa vie àpréserver une contrée d’inondation par des digues,