Band 
Tome vingt-neuvieme.
Seite
283
JPEG-Download
 

DES MERES INFANTICIDES. 2 8 Z

Le code de Ckarles-Qiiint , connu sous le titre dela Caroline, veut qu’on ne condamne la mère ausupplice qu’en cas que l’ensant soit venu au mondeen vie.

La loi d’Angleterre, encore moins sévère, veut quela mère échappe à la condamnation , si elle trouveun seul témoin qui dépose qu’elle est accouchée d’unenfant mort.

La contradiction qui règne entre ces lois , nefait-elle pas soupçonner qa’elles ne font pas bonnes,Sc qu’il eût bien mieux valu doter des hôpitaux, oùl'on eût secouru toute personne du sexe qui se fûtprésentée pour accoucher secrètement ? par-là onaurait à la sois sauvé slionneur des mères Sc la viedes enfans.

Trop souvent un prince ne manque point d’argentpour faire une guerre injuste , qui dévaste Sc quiensanglante une moitié de l’Europe ; mais il enmanque pour les établissemens les plus nécessaires,qui consoleraient le genre-humain.

dernier supplice si, n’ayant pas voulu se soumettre à cette humiliation,ou ayant trop tardé à la subir, elle accouched’un enfant mort; présumerle crime; punir non le délit, puisqu’on n'attend pas qu’il soit prouvé,mais la désobéissance aune loi cruelle 8c arbitraire, c’est violer àla fois lajustice, la raison , Inhumanité. Et pourquoi ? pour prévenir un crime qu’onne peut commettre qu’en étouffant les sentimens de la nature, qu’en s’expo-sant à des accidens mortels. Cependant ce ne stjnt point les malheureusesqui commettent ce crime que l'on cn doit accuser : c’est le préjugé barbarequi les condamne à la honte & à la misère, si leur faute devient publique :c’est la morale ridicule qui perpétue ce préjugé dans le peuple. Le moyenque propose M. dc Voltaire est le seul raisonnable ; mais ií faudrait queces hôpitaux fussent dirigés par des médecins qui ne verraient, dans lesinfortunées confiées à leur foin , que des femmes coupables d’une fautelégère dejà trop expiée par ses fuites. II faudrait qu’on y fût assuré dusecret, que les foins qu’on y prendrait des accouchées ne fussent point