4 g 6 Coutume
Mais de quels droits un Lorrain , un Champenois ,un Alsacien, qui achète un fief en Franche-Comté ,vient-il s’emparer de la succession d’ìiïi Comtois ,au préjudice de son frère, de son fils , de ses créan-ciers, de fa femme? La coutume 8c les coutumiersrépondent : Cela est juste ; cela est -de droit ; c estla loi; c’est la jurisprudence ; c'est l’opinion , l’avis,l’autorité des jurisconsultes : tyrans unanimes en cepoint, qui statuent 8c prononcent que le cultivateurcomtois , qui fur trois cents íoixante-cinq nuits s’estcouché environ la moitié (car les autres il les passeaux champs) dans une baraque en main-morte, estdevenu comme le bœuf ou la jument de son seigneur,à qui son travail 8c sa postérité appartiennent. Cetteréponse ayant été faite devant un étranger qui voya-geait en Franche-Comté, il fit brider ses chevaux àl’instant où on allait lui servir à souper , Sc partitauíïìtôt avec sa femme.
On a réformé toutes les coutumes , tous les joursle législateur change des lois qui deviennent dange-reuses; la jurisprudence s’est souvent réformée sur biendes points ; Locke voulut que les lois , toutes justesqu’elles étaient, perdissent leur autorité après unsiècle. Pourquoi hésiterait-on de réformer les absur-dités des Goths ou des Vandales ? II fallait donccraindre de renverser leurs huttes, pour bâtir en leurplace des maisons commodes. La législation est Fart dubonheur 8c de la fureté des peuples ; des lois qui s’yopposent sont en contradiction avec leur objet ; ellesdoivent donc être abandonnées. Les coutumes n’ontforce de loi que par Fautorité du souverain ; il peut àchaque instant la retirer, 8c la coutume tombe.
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