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Tome trente-septieme.
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234 A M E.

sentir 8c de penser eft-il le même que celui qui vousfait digérer 8c marcher ? vous m’avouez que non, carvotre entendement aurait beau dire à votre estomacdigère , il n en fera rien s il est malade ; en vain votreêtre immatériel ordonnerait à vos pieds de marcher,ils resteront là s’ils ont la goutte.

Les Grecs ont bien senti que la pensée n avaitsouvent rien à faire avec le jeu de nos organes; ils ontadmis pour ces organes une ame animale , 8c pour lespensées une ame plus fine , plus subtile , un nous.

Mais voilà cette ame de la pensée , qui en milleoccasions a l’intendance fur famé animale. L’amepensante commande à ses mains de prendre, 8c ellesprennent. Elle ne dit point à son cœur de battre ,à son sang de couler, à son chyle de se former, toutcela se fait sans elle : voilà deux âmes bien embarrassées8c bien peu maîtresses à la maison.

Or, cette première ame animale n’existe certaine-ment point, elle n est autre chose que le mouvementde vos organes. Prends garde, ô homme ! que tu n’aspas plus de preuve par ta faible raison que l'autreame existe. Tu ne peux le savoir que par la foi. Tu esné, tu agis, tu penses , tu veilles, tu dors fans savoircomment. Dieu t’a donné la faculté de penser, commeil t’a donné tout le reste ; 8c s il n’était pas venuRapprendre dans les temps marqués par fa providenceque tu as une ame immatérielle 8c immortelle , tun’en aurais aucune preuve.

Voyons les beaux systèmes que ta philosophie afabriqués fur ces âmes.

L’un dit que l ame de l’homme est partie de lasubstance de Dieu même; l'autre, qu’elle est partie dugrand tout; un troisième, qu’elle est créée de toute