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Tome trente-septieme.
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248 A M O U R.

Si jamais on a pu accuser la nature de mépriserson ouvrage, de contredire son plan , d'agir contreses vues , c est dans ce fléau détestable qui a souilléla terre d’horreur 8c de turpitude. Est-ce-là le meilleurdes mondes possibles ? Hé quoi ! si César , Antoine ,OClave n ont point eu cette maladie , n’était-il paspossible qu’elle ne fît point mourir François I ì Non ,dit-on , les choses étaient ainsi ordonnées pour lemieux : je le veux croire ; mais cela est triste pourceux à qui Rabelais a dédié son livre.

Les philosophes érotiques ont souvent agité la ques-tion si Helotje put encore aimer véritablement Abélardquand il fut moine 8c châtré ? L’une de ces qualitéslésait très-grand tort à l’autre.

Mais consolez-vous , Abélard , vous fûtes aimé ; laracine de l’arbre coupé conserve encore un reste desève; l’imagination aide le cœur. On se plaît encore àtable quoiqu’on n’y mange plus. Est-ce de Famour ?est-ce un simple souvenir? est-ce de F amitié? C’est unje ne sais quoi composé de tout cela. C’est un senti-ment confus qui reflcmble aux passions fantastiquesque les morts conservaient dans les champs Elysées.

Les héros - qui pendant leur vie avaient brillédans la course des chars, conduisaient après leur mortdes chars imaginaires. Hèldife vivait avec vous d’illu-sions 8c de supplémens. Elle vous caressait quelquefois,8c avec d’autant plus de plaisir qu’ayant fait vœu auParaclet de ne vous plus aimer , ses caresses en deve-naient plus précieuses comme plus coupables. Unefemme ne peut guère se prendre de passion pour uneunuque, mais elle peut conserver sa passion pourson amant devenu eunuque , pourvu qu il soit encoreaimable.