Amour de Dieu. 249
Il n’en est pas de même , Mesdames , pour unamant qui a vieilli dans le service ; ['extérieur ne sub-siste plus ; les rides effraient ; les sourcils blanchisrebutent ; les dents perdues dégoûtent ; les infirmitéséloignent : tout ce qu’on peut faire , c est d’avoir lavertu d’être garde-malade , 8c de supporter ce qu’ona aimé. L est ensevelir un mort.
AMOUR DE DIEU.
Les disputes fur l’amour de Dieu ont allumé autantde haines qu’aucune querelle théologique. Les jésuites8c les jansénistes se sont battus pendant cent ans , àqui aimerait Dieu d une façon plus convenable , &à qui désolerait plus son prochain.
Dès que sauteur du Télcmaque , qui commençait àjouir d’un grand crédit à la cour de LouisXIV , vou-lut qu’on aimât Dieu cl’une manière qui n’était pascelle de fauteur des Oraisons funèbres , celui-ci , quiétait un grand ferrailleur, lui déclara la guerre , 8c lefit condamner dans l’ancienne ville de Romulus , oùDieu était ce qu’on aimait le mieux après la domi-nation , les richesses, l’oisiveté , le plaisir 8c l’argent.
Si madame Guyon avait su le conte de la bonnevieille qui apportait un réchaud pour brûler le para-dis , 8c une cruche d’eau pour éteindre l’enser , afinqu’on n’aimât Dieu que pour lui-même, ellen’auraitpeut-être pas tant écrit. Elle eût dû sentir qu elle nepouvait rien dire de mieux. Mais elle aimait DieuSc le galimatias si cordialement qu’elle fut quatre foisen prison pour sa tendresse : traitement rigoureux 8cinjuste. Pourquoi punir comme une criminelle unefemme qui n’avait d’autre crime que celui de faire