Ana, Anecdotes. 305
sut aussi incontinent les desseins des révérends pères ;il ne perdit pas un moment, 8c partit la nuit en postepour Rome.
Les révérends pères eurent le crédit de faire couriraprès lui. On n’attrapa que le lettré. Ce pauvre gar-çon ne savait pas un mot de français. Les bons pèresallèrent trouver le cardinal Dubois , qui alors avaitbesoin d eux. Ils dirent au cardinal qu’ils avaientparmi eux un jeûne homme qui était devenu fou , Scqu’il fallait l’enfermer.
Le cardinal, qui par intérêt eût dû le protéger furcette feule accusation, donna sur le champ une lettrede cachet, la chose du monde dont un ministre estquelquefois le plus libéral.
Le lieutenant de police vint prendre ce fou q u'onlui indiqua ; il trouva un homme qui fêlait des révé-rences autrement qu’à la française , qui parlaitcomme en chantant, 8c qui avait l’air tout étonné.II le plaignit beaucoup d’être tombé en démence , lefit lier , 8c l’envoya à Charenton , où il fut fouetté ,comme l’abbé Desfonlaines , deux fois par semaine.
Le lettré chinois ne comprenait rien à cette manièrede recevoir les étrangers. II n’avait passé que deux outrois jours à Paris; il trouvait les mœurs des Françaisassez étranges; il vécut deux ans au pain 8c à l’eau entredes fous 8c des pères correcteurs. II crut que la nationfrançaise était composée de ces deux espèces, dontl’une dansait , tandis que l’autre fouettait l’espècedansante.
Enfin au bout de deux ans le ministère changea ;on nomma un nouveau lieutenant de police. Cemagistrat commença son administration par aller
DiSlionn. philojoph. Tome I. V