Ane. 337
Mais il y a loin de là au dogme de la métamor-phose. Ce n’est plus une ame fans logis qui chercheun gîte ; c’est un corps qui est changé en un autrecorps , son ame demeurant toujours la même. Or,certainement nous n’avons dans la nature aucunexemple d'un pareil tour de gobelets.
Cherchons donc quelle peut être l’origine d’uneopinion si extravagante & si générale. Sera-t-il arrivéqu’un père ayant dit à son fils plongé dans de salesdébauches & dans l’ignorance : Tu es un cochon , uncheval , un âne , ensuite bayant mis en pénitence avecun bonnet dane fur la tête , une servante du voisi-nage aura dit que cc jeune homme a été changé enâne en punition de ses fautes ? ses voisines saurontredit à d’autres voisines , & de bouche en bouche ceshistoires , accompagnées de mille circonstances ,auront fait le tour du monde. Une équivoque auratrompé toute la terre.
Avouons donc encore ici, avec Boileau, quel’équi-voque a été la mère de la plupart de nos sottises.
Joignez à cela le pouvoir de la magie , reconnuincontestable chez toutes les nations ; 8c vous ne ferezplus étonné de rien. ( ÍV )
Encpre un mot fur les ânes. On dit qu’ils sontguerriers en Mésopotamie ; & que Mervan , le vingt-unième calife, fut surnommé Y âne pour sa valeur.
Le patriarche Photius rapporte , dans Y Extrait de lavie d'Isidore , qu 'Ammonius avait un âne qui se connais-'sait très-bien en poésie , Sc qui abandonnait son râte-lier pour aller entendre des vers.
La fable de Midas vaut mieux que le conte de Photius.
( * ) Voyez ìíagit.
Diciionn. philojnph. Tome I. Y