39° Anthropophages.
permis de manger ses voisins, on mangerait bientôtses compatriotes; ce qui serait un grand inconvénientpour les vertus sociales. Mais les nations policées nel’ont pas toujours été ; toutes ont été long-tempssauvages ; 8c dans le nombre infini de révolutions quece globe a éprouvées, le genre-humain a été tantôt'nombreux, tantôt très-rare. 11 est arrivé aux hommesce qui arrive aujourd’hui aux éléphans , aux lions ,aux tigres, dont l’espèce a beaucoup diminué. Dansles temps où une contrée était peu peuplée d’hommes,ils avaient peu d’arts , ils étaient chasseurs. L’habitudede se nourrir de ce qu’ils avaient tué, fit aisémentqu’ils traitèrent leurs ennemis comme leurs cerfs 8cleurs sangliers. C’est la superstition qui a fait immolerdes victimes humaines , c’est la nécessité qui les a faitmanger.
Quel est le plus grand crime, ou de s’assemblerpieusement pour plonger un couteau dans le cœurdune jeune fille ornée de bandelettes, à l’honneurde la Divinité , ou de manger un vilain hommequ’on a tué à son corps défendant?
Cependant nous avons beaucoup plus cl’exemplesde filles 8c de garçons sacrifiés, que de filles 8c degarçons mangés ; presque toutes les nations connuesont sacrifié des garçons 8c des filles. Les Juifs enimmolaient. Cela s’appelait l’anathème; c’était unvéritable sacrifice, 8c il est ordonné, au vingt-unièmechapitre du Lévitique , de ne point épargner les âmesvivantes qu’on aura vouées ; mais il ne leur est prescriten aucun endroit d’en manger, on les en menaceseulement ; Moïse , comme nous avons vu , dit auxJuifs que s’ils n’observent pas ses cérémonies ,