Anthropophages. 399
qu’aujourd’hui. II se peut que dans le petit peuplequelques misérables aient mangé des corps morts.Quel intérêt auraient eu ces arabes à inventer unefable fi dégoûtante? 11s auront pris peut-être, commepresque tous les voyageurs, un exemple particulierpour une coutume du pays.
Sans aller chercher des exemples si loin , en voiciun dans notre patrie, dans la province même oùj’écris. II est attesté par notre vainqueur, par notremaître Jules César. (./) 11 assiégeait Alexie dansl’Auxois ; les assiégés résolus de se défendre jusqu’à ladernière extrémité, 8c manquant de vivres, assem-blèrent un grand conseil, où l’un des chefs , nomméCritognat , proposa de manger tous les enfans l’unaprès l’autre , pour soutenir les forces des combattans.Son avis passa à la pluralité des voix. Ce n’est pastout ; Crilognat , dans fa harangue , dit que leursancêtres avaient déjà eu recours à une telle nourrituredans la guerre contre les Teutons Sc les Cinabres.
Finissons par le témoignage de Montagne. 11 parlede ce que lui ont dit les compagnons de Villegagnon ,qui revenaient du Brésil, 8c de ce qu’il a vu en France.II certifie que les Brasiliens mangeaient leurs ennemistués à la guerre ; mais lisez ce qu’il ajoute, (m) Ouestplus de barbarie à manger un homme mort qu'à le fairerôtir par le menu , ò le faire meurtrir aux chiens ò pour-ceaux , comme nous avons vu de fraîche mémoire , non entreennemis anciens , mais entre voisins ò concitoyens ; ò , quipis ejl , fous prétexte de piété ò de religion. Quelles céré-monies pour un philosophe tel que Montagne ! SiAnacréon 8c Tibulle étaient nés Iroquois , ils auraientdonc mangé des hommes ?... Hélas !
{í) BíU. Gall. Liv. VII. (m) Liv. I, «h, XXX.