y8. ANTIQUITÉ
maligne, il ne s’exposât pas à des méprises qui auroient pu flé-trir fa doctrine, ou plutôt celle de f Antiquité qu il faifoit pro-fession d'enfeigner. Les autres Lettrés, qui n’etoient pas des Con-fucius, bien loin de suivre son exemple , croyoient bâtir leurssystèmes fur les fondemens les plus solides, parce qu’ils prou-voient par les Annales, que la Chine avoir été habitée avant leJapon, la Corée, la Tartarie, &c. dont les Peuples etoient ori-ginairement des colonies Chinoises & lui dévoient leur gouver-nement, leur écriture & leurs loix. Que les Savans d’Europene s’offenfent point de voir ces Lettrés en prendre occasion des’approprier toutes les traditions anciennes, & en faire honneurà leur Patrie. Pour peu qu’on veuille fe rappelles quelle futl’ignorance des Grecs fur la Géographie du monde , les idéesíïngulieres des Romains fur la zone torride & la zone glaciale,les délires de leurs aïeux fur les antipodes, les curieux Com-mentaires de quelques Savans fur Strabon, & ce qui s est passédans ces derniers siécles lors de la découverte de l’Arnérique ,des Indes & de la Chine , on verra que chaque Nation a desexemples de toutes les méprises quelle reproche aux autres.Nos anciens Chinois avoient tort de regarder tous les autrespeuples comme des barbares -, mais comment a-t-on regardénos Chinois en Europe, dans les temps même que nos porce-laines & nos soieries défefpéroient le génie inventif des arti-stes d’Europe ? Les bêtises & l’orgueil font de tous les pays. Com-bien d’Ecrivains François ont parlé d’une maniéré méprisantede quelques-unes de leurs Nations voisines! Que feroit-ce, sil’antiquité, la grandeur, la richesse & la puissance d’un Empireimmense les avoient éblouis comme nos Chinois ? Qui dit le vraine craint rien. Sans autre avance que d’être né en Chine , &d’avoir vu dans nos livres des vestiges sensibles de f Antiquité,nous avons remarqué que de très-favans Traducteurs & Com-mentateurs des Ecrivains d’Athènes & de Rome prennent le